Les Huit Morts De Julian Creek de Elizabeth Crook

Chronique de AMR

Si l’on en croit la quatrième de couverture, ce roman raconte la chasse à la panthère (oui, au Texas, les pumas sont appelés ainsi) menée par Samantha, dite Sam, une jeune métisse farouche, attaquée par le fauve et sauvée par le sacrifice de sa mère. Défigurée, déterminée, elle va vouer sa vie à son désir de vengeance et à la traque de l’animal qui terrorise la région.
C’est aussi le récit à la première personne de Benjamin, le demi-frère de Samantha, interrogé par un juge itinérant au début du livre et qui doit fournir par courrier le témoignage détaillé et écrit des faits dont il a été témoin autour d’une enquête sur la mort par pendaison de huit hommes près de Julian Creek, un ruisseau qui passe non loin de chez eux.
Nous avons donc un récit de vengeance sur fond de roman épistolaire. Tels quels les deux arguments paraissent bien distincts… C’est compter sans le style, la truculence, les digressions et l’application de Benjamin qui va développer son long témoignage en un certain nombre de lettres et de chapitres. À la question très simple de savoir si le dénommé Clarence Hanlin est coupable et toujours vivant, Benjamin apporte une foule de réponses qui l’amènent à raconter sa vie et celle de sa famille, l’existence rude et ordinaire de simples fermiers, transformée en véritable odyssée en cette fin de XIXème siècle dans le Comté de Bandera, au Texas, à la fin de la guerre de Sécession.
On peut lire également ce livre comme un roman d’apprentissage, comme le parcours semé d’embûches et de dangers de deux orphelins dans un pays à la géographie périlleuse, peuplé de fauves, de soldats patibulaires et de Comanches vindicatifs. Les deux enfants vont faire toute une série de rencontres dont un drôle de desperado et un pasteur inspiré, partager leurs aventures avec des animaux dévoués comme un chien de chasse et des chevaux remarquables.
Enfin, ce roman est une histoire d’arbres. Je me suis longtemps interrogée sur le sens du titre original, The Which Way Tree, la voie indiquée par l’arbre où quelque chose d’approchant. Heureusement, une note de la traductrice a dissipé mes doutes, parlant d’arbre boussole… Cette notion n’a pas été gardée en français, même pas comme arbre pour les pendus de Julian Creek ; pourtant, les arbres sont présents tout au long du récit, arbre où a grimpé la petite Sam pendant que sa mère se faisait dévoré par la panthère, arbre au sommet duquel Sam et son frère se trouvaient quand ils ont rencontré Clarence Hanlin, arbre où se juche la panthère quand le chien la rattrape, arbres emportés par le tourbillon des eaux en crue, arbres dont on fait les bardeaux, les meubles ou les cercueils…
Autant de clés de lecture possible…
 
Ce livre est tout cela et plus encore : c’est aussi une ode à la lecture et à l’écriture avec en filigrane un parallèle constant entre la poursuite de la panthère par Sam et la figure du Capitaine Achab aux trousses de la baleine ; car Benjamin a lu Moby Dick
L’évolution de ce jeune homme se mesure dans le récit de la chasse à la panthère mais aussi et surtout à l’aune de sa démarche épistolaire ; il est conscient que le juge n’attend pas une relation aussi détaillée des événements, mais écrire donne un sens à sa vie. Son témoignage est factuel, parce que le juge va s’appuyer sur des faits et des preuves tangibles, et digressif parce qu’un détail en emmène un autre et ainsi de suite : tout se tient, l’échafaudage est solide et bien construit.
La naïveté du début se change peu à peu en maturité au fur et à mesure que le jeune homme écrit, raconte, se perd, se retrouve et se livre sans retenue mais avec pudeur. Sans les enjoliver, il donne de la puissance aux événements retranscrits.
L’économie des personnages condense les émotions. Je ne peux pas trop en dire sur la manière dont Elizabeth Crook entrecroise les destins de ses héros, les relie dans le temps et l’espace, sous peine de trop divulgacher…
 
Ce livre m’a fait voyager, m’a émue.
Une réussite.


Cette lecture valide :

La consigne n°19 du défi Les Déductions élémentaires

A propos du livre :

Résumé : L’odyssée drôle et poignante d’une jeune fille tenace qui brave les dangers du Texas des années 1860 pour venger la mort de sa mère. Nous sommes au lendemain de la guerre de Sécession. Un matin, à l’aube, dans une contrée reculée du Texas, une panthère s’attaque sauvagement à une famille de fermiers, défigurant la petite Samantha et assassinant sa mère, dont le dernier acte est de sauver la vie de sa fille. Racontée dans la langue naïve et truculente de Benjamin, le demi-frère de Samantha, Les huit morts de Julian Creek est le récit de la traque de Samantha, qui a juré de venger sa mère en tuant le terrible animal, qui sème la terreur dans toute la région. Au cours de leur odyssée, le frère et la sœur vont rencontrer un charismatique hors-la-loi mexicain, Mr Pacheco, et un prédicateur au grand cœur, le pasteur Dob, maître d’un chien traqueur de panthère, gros et puant, qu’il chérit comme un de ses enfants. Ces quatre personnages, leurs chevaux et leur chien, vont entamer un périple terrifiant dans les canyons du pays des collines.

Roman de 256 pages – se le procurer

Le mot de Sally Rose

Merci beaucoup pour ce partage AMR. Ce roman m’attire 🤗 Et hop ! dans ma LAL 😉

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