Bakhita de Véronique Olmi

Chronique de AMR

Ce document a été créé et certifié chez IGS-CP, Charente (16)

Ce roman de Véronique Olmi était dans ma PAL depuis sa sortie, cadeau de mon mari, bien conseillé par un (ou une) libraire… Je viens enfin de lire Bakhita.
Ce roman est la biographie romancée d’une femme au destin exemplaire. Enlevée à sept ans dans son village du Darfour, puis vendue et revendue comme esclave, utilisée, exploitée, maltraitée, elle est enfin rachetée par un consul italien qui la ramène avec lui. Ainsi affranchie à l’adolescence, elle est éduquée dans une congrégation de sœurs canossiennes et finit par prendre le voile ; elle meurt en 1947 à environ 78 ans. Elle sera béatifiée, puis canonisée par le pape Jean-Paul II.
 
J’ai mis un certain temps à lire ce livre, du moins plus longtemps que d’ordinaire… Je ne comprenais pas ce qui me freinait, ce qui motivait mes pauses. J’ai beaucoup lu sur le thème de l’esclavage ou de la négritude ; j’aurais dû me sentir en terrain connu… Et, pourtant, quelque chose n’allait pas de soi, pesait sur ma lecture.
La première partie, « de l’esclavage à la liberté », malgré les horreurs et les souffrances endurées par la petite fille, correspondait à mon horizon d’attente : enlèvement, changement de nom, déshumanisation des esclaves, séparations des fratries, mauvais traitements… Je savais tout cela, l’ayant lu par ailleurs. L’intérêt venait ici du point de vue de l’enfant car, si Véronique Olmi raconte l’histoire de son héroïne dans une narration omnisciente à la troisième personne, elle passe toujours par le prisme et la focalisation du ressenti de l’enfant et de l’adolescente qui subit les évènements.
C’est à partir de l’arrivée de Bakhita en Italie que j’ai parfois lâché le fil et que j’ai un peu délaissé ce livre. J’avais du mal à admettre que la vie de servitude continuait, certes dans de bien meilleures conditions mais sans reconnaître à la jeune africaine le droit de disposer d’elle-même. Je mettais aussi mon agacement, ma gêne sur mon ressenti très personnel quant à la manière dont la religion catholique s’est appropriée Bakhita ; naturellement, il avait fallu convertir cette brebis égarée !
Bref, ce roman me laissait frustrée, insatisfaite… Je n’avais plus vraiment envie de suivre Bakhita dans la deuxième partie, « de la liberté à la sainteté », car je la trouvais toujours prisonnière des autres et de leurs grandes idées la concernant.
 
Et puis, j’ai brusquement compris, saisi tout le talent de Véronique Olmi.
Ce que je ressentais si profondément en moi, c’était la difficulté de Bakhita à être, à exister, c’était sa noirceur qui faisait peur, c’était ses souvenirs enfuis, c’était son absence de mots pour dire les choses, pour se dire aux autres, pour comprendre ce que les autres lui voulaient.
Je ressentais la douleur de son corps souffrant, sa manière d’obéir toujours, de toujours servir. Pour moi, lectrice, cela passait par ma lecture parce que l’auteure l’avait écrit ainsi justement pour que je saisisse cet éternel présent qui avait oublié le passé, ce présent qui ne savait pas envisager un avenir à soi : « je reste, je reste pas, je sors, amen oui, amen non… »
Alors, j’ai repris ma lecture, je suis même revenue en arrière pour me réapproprier la manière dont tout était dit, dont les non-dits parlaient d’eux-mêmes ; j’ai entendu la voix rauque de Bakhita perdre sa langue d’origine, tenter de décrypter les autres langages africains, l’arabe, les dialectes italiens, le latin des prières et j’ai senti son cœur battre et son empathie m’envahir : une vie de servitude et de service aux autres.
 
Il y a des livres qui sont des claques à retardement.

Cette lecture valide :

La consigne n°40 du défi Les Déductions élémentaires

A propos du livre :

Résumé : Enlevée à sept ans dans son village du Darfour, Bakhita a connu toutes les horreurs et les souffrances de l’esclavage. Rachetée à l’adolescence par le consul d’Italie, elle découvre un pays d’inégalités, de pauvreté et d’exclusion. Affranchie à la suite d’un procès retentissant à Venise, elle entre dans les ordres et traverse le tumulte des deux guerres mondiales et du fascisme en vouant sa vie aux enfants pauvres. Bakhita est le roman bouleversant de cette femme exceptionnelle qui fut tour à tour captive, domestique, religieuse et sainte. Avec une rare puissance d’évocation, Véronique Olmi en restitue le destin, les combats incroyables, la force et la grandeur d’âme dont la source cachée puise au souvenir de sa petite enfance avant qu’elle soit razziée. Véronique Olmi compose un opéra, orchestrant dans un souffle aux accents antiques les voix de la tragédie et celles de l’espérance. Marianne Payot, L’Express. Un roman bouleversant. Valérie Trierweiler, Paris Match. PRIX ROMAN FNAC 2017.

Roman de 455 pages – se le procurer

Le mot de Sally Rose

Merci beaucoup pour ce partage AMR. Une lecture difficile, incontournable 🤗

Avec cette lecture, je conseille le thé Pêche de vigne de Fruit-tea (code PROMO sur la page Les Partenariats)

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