Un secret de Philippe Grimbert

Chronique de AMR

Un grand merci à Audiolib qui propose cette audio lecture gratuite en ces temps de confinement à cause de l’épidémie de covid-19…
J’avais entendu parler de ce roman de Philippe Grimbert, sobrement intitulé Un Secret, sur le thème de l’holocauste et des non-dits familiaux.
 
Au début, j’ai eu un peu de mal à entrer dans cette histoire. Pourtant la posture de l’enfant unique qui s’invente un grand-frère idéal devant celles et ceux qui ne sont pas assez proches pour vérifier son existence me touchait et m’émouvait, me rappelant mes propres rêves éveillés de fillette solitaire. En fait, je ne parvenais pas à cerner ce personnage, ses motivations, son besoin de mise en mots car, dans les premiers chapitres, il révèle un égocentrisme presque malsain et pathétique.
Et puis, je me suis raccrochée à mon intérêt pour la confrontation de la sphère privée et de l’Histoire, pour les points de vue individuels et intimes sur les grands bouleversements référentiels. Là, j’étais plus à mon aise et le personnage narrateur évoluait à la manière d’un jeu de piste, passant d’un niveau de compréhension à un autre, et l’accompagner s’avérait s’approprier de mieux en mieux son parcours vers la vérité et l’acceptation.
 
Le récit est à la première personne. Le narrateur n’est autre que l’auteur lui-même qui livre un témoignage poignant et sincère sur son histoire familiale. Il met un accent très humain sur les évènements décrits à l’échelle familiale… Eh oui, les juifs déportés avaient des vies de famille, des rapports de couples, des ambitions, des désirs… ; ces hommes et ces femmes avaient eu une vie avant d’être réduits à des ombres humaines, des corps nus jeté dans des charniers… ; ils et elles étaient des enfants, des adolescents, des jeunes gens, des parents, des aïeux, des fils et des filles, des frères et des sœurs, des oncles et des tantes, des gendres et des belles-filles, des beaux-frères et belles-sœurs, des ami(e)s… Ils avaient tous une histoire personnelle, des choses à transmettre ou à cacher.
Philippe Grimbert est psychanalyste ; il sait démêler les écheveaux familiaux, les héritages lourds à porter et leurs conséquences sur les générations suivantes et à venir. Son témoignage est lucide, tragique mais aussi porteur de résilience. À sa manière, il nous parle du complexe des survivants, quand ils dissimulent volontairement un passé traumatisant. Il est permis de se demander comment aurait réagi une personne qui n’aurait pas l’expérience de thérapeute de l’auteur : sa famille lui a dissimulé le premier mariage de son père, un demi-frère déporté et son identité juive. Même son nom d’origine, Grynberg, est devenu, peu après la guerre, Grimbert sans qu’on ne l’en ait jamais informé… Comment se construire dans ces conditions ?
 
L’écriture est efficace, sobre, à la fois impliquée par l’emploi de la première personne, et distanciée par un style volontairement inquisiteur pour mettre en scène des héros ordinaires et une recherche identitaire. Le titre de ce livre évoque de manière indéfinie un secret de famille pourtant bien identifié… C’est le secret de la famille Grimbert mais il prend des proportions à la fois considérables et incomplètes tant il est difficile à énoncer et à délimiter.
En même temps, j’imagine qu’il fallait s’affranchir de l’émotion pour rendre compte de cette expérience trop personnelle, donner vie au demi-frère fantôme, réel bien que fantasmé, remettre en perspective l’histoire familiale, les mariages et remariages, et, quelque part aussi, toucher à l’image paternelle et maternelle idéalisée.
 
Une audio lecture intéressante, difficile parfois. Le texte est lu par l’auteur, plutôt bien… Mais j’ai dû parfois revenir en arrière car la voix de Philippe Grimbert m’avait perdue en route.
Un secret est un témoignage à lire aussi entre les lignes, car ce livre à la problématique universelle est aussi un héritage personnel transmis par l’auteur aux siens et, à ce titre, il est digne du plus profond respect.





Cette lecture valide :

La consigne n°7 du défi Les Expressions gourmandes

A propos du livre :

Résumé : Souvent les enfants s’inventent une famille, une autre origine, d’autres parents. Le narrateur de ce livre, lui, s’est inventé un frère. Un frère aîné, plus beau, plus fort, qu’il évoque devant les copains de vacances, les étrangers, ceux qui ne vérifieront pas… Et puis un jour, il découvre la vérité, impressionnante, terrifiante presque. Et c’est alors toute une histoire familiale, lourde, complexe, qu’il lui incombe de reconstituer. Une histoire tragique qui le ramène aux temps de l’Holocauste, et des millions de disparus sur qui s’est abattue une chape de silence. Psychanalyste, Philippe Grimbert est venu au roman avec La Petite Robe de Paul . Avec ce nouveau livre, couronné en 2004 par le prix Goncourt des lycéens et en 2005 par le Grand Prix littéraire des lectrices de Elle , il démontre avec autant de rigueur que d’émotion combien les puissances du roman peuvent aller loin dans l’exploration des secrets à l’œuvre dans nos vies.

Roman de 192 pages – se le procurer

Le mot de Sally Rose

Merci beaucoup pour ce partage AMR. Un roman lu il y a bien longtemps et qui m’a marquée à jamais 😢

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