Un Petit Coup de jeune de Thierry Bizot

Chronique d’AMR

Ce titre à la formulation familière évoque une action brusque et soudaine mais sans grande importance ou alors, il y a une volonté manifeste de minimiser les choses. L’expression « petit coup de jeune » évoque une rénovation, un renouvellement et véhicule une image positive. Sous ce titre, Thierry Bizot va nous raconter une histoire d’amnésie, de temps passé trop vite, de culpabilité…
À la suite d’un accident de voiture, un homme se réveille à l’hôpital, souffrant d’une amnésie peu commune qui a gommé seize ans de sa vie ; il a toujours 35 ans dans sa tête, mais plus de cinquante en réalité… Il va découvrir avec stupeur que son adorable petit garçon est devenu un jeune homme de vingt-trois ans avec qui il n’a plus rien à partager, que pendant les années qui se sont effacées de sa mémoire il a quitté sa femme pour une autre, que son père est mort en lui laissant un drôle de secret, que sa carrière à la télévision a pris un tour spectaculaire et que le monde a bien changé depuis l’attentat de New-York en 2001.
 
Au début, j’ai eu un peu de mal à cerner le personnage principal de ce livre ; je ne comprenais pas, par exemple, pourquoi il était toujours appelé par son nom de famille alors que les autres personnages sont désignés par leur prénom. Ce détail mettait en place une distance et des barrières invisibles qui me pesaient.
Le roman commence par le récit de la vie banale et ordinaire d’un chroniqueur culturel. Puis la problématique particulière de ce livre se met en place au réveil d’Éric, quand il n’est plus désigné que par son patronyme, Sadge. L’auteur nous propose de le regarder se confronter aux décisions qu’il a prises et à ses agissements passés en ayant seulement à l’esprit leur côté factuel et acté, sans en connaître les motivations ; le héros devient spectateur et juge de sa vie passée, du moins pour les seize années manquantes.
Peu à peu, le récit se transforme en thriller psychologique : Satge s’est peut-être bien rendu coupable de faits et gestes très graves dont il supporte les conséquences sans les avoir encore commis : ses remords et sa culpabilité sont sincères mais incomplets. Il y même une dimension mystique : l’amnésie de Sadge ne serait-elle pas une expiation, une souffrance nécessaire voulu par Dieu en lieu et place d’une condamnation officielle ? Seize ans d’oubli, est-ce cher payé ?
Le personnage de Sadge gagne alors en profondeur, se montrant plus ouvert aux autres et meilleur dans son travail car la culpabilité le fait grandir et progresser.
 
J’ai beaucoup apprécié la peinture des mœurs dans le milieu de l’audiovisuel, souri souvent en reconnaissant des personnages référentiels connus et trouvé très justes les protagonistes manifestement inspirés de journalistes, chroniqueurs et présentateurs dont on peut reconnaître aux passages quelques travers ou manies : ainsi, Satge possède d’innombrables paires de baskets qu’il porte avec ses costumes.
Thierry Bizot pose également un regard plein de finesse sur les évolutions de notre monde en une quinzaine d’années, depuis les attentats de septembre 2001 aux États-Unis. Son héros est confronté aux avancées numériques, à l’omniprésence des téléphones portables, au passage à l’Euro, aux attentats en cascade, à l’insécurité généralisée, à la mort de David Bowie, à une baisse notable du niveau culturel… J’ai adoré ses réflexions sur les réseaux sociaux ou sur la cigarette électronique !
Et puis, il y a ce regard émouvant et drôle sur le temps qui passe, notamment au sein du couple, quand le désir se tarit et devient tendresse et routine.
 
Thierry Bizot parle ici d’un milieu qu’il connaît bien puisqu’il est aussi producteur de télévision. Son récit sonne juste et vrai et pousse à la réflexion.
Une excellente surprise !

Cette lecture valide :

La consigne n°5 du défi Les Expressions gourmandes

A propos du livre :

Résumé : Éric Sadge se réveille un jour dans un lit d’hôpital, après un léger accident de voiture dont il ne se souvient pas. Un médecin lui annonce qu’il n’a pas trente-cinq ans comme il semble le penser, mais cinquante et un ans, et que nous sommes en 2017, pas du tout en 2001… Éric Sadge apprend alors qu’il souffre d’une amnésie qui lui a fait oublier les seize dernières années de sa vie. Il va découvrir avec stupeur que son fils est devenu un jeune homme de vingt-trois ans, que pendant ces seize années qui se sont effacées de sa mémoire il a quitté sa femme pour une autre, que son père est mort en lui laissant un drôle de secret, et que sa carrière a pris un tour spectaculaire… Outre tous les changements les plus récents de notre époque qui l’étonnent et le laissent désemparé, Éric Sadge va s’apercevoir qu’il n’est pas l’homme qu’il croyait être : derrière le personnage bien sous tous rapports se cache peut-être un meurtrier… Thierry Bizot est producteur de télévision. On lui doit notamment la série Fais pas ci, fais pas ça. Il a publié sept romans au Seuil, dont Catholique anonyme, qui a connu un grand succès.

Roman de 416 pages – se le procurer

Le mot de Sally Rose

Merci beaucoup pour ce partage AMR. À découvrir 🤗

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