Le Chant d’Achille de Madeline Miller

Chronique d’Amélie

On retrouve chez Madeline Miller un parti pris évident, celui que l’auteur d’un récit n’en donne que sa vision. Aussi, l’autrice se plaît à réécrire les mythes homériques en décalant le regard.
Comme dans Circé (qu’elle a écrit par la suite mais que j’ai lu précédemment), elle donne ici corps et voix à un personnage mineur. En lui offrant l’héroïsme, elle en redéfini la valeur. Pour en être digne, être faible ou disgracieux n’est plus un obstacle, pas plus qu’il n’est exigé de lui de triompher d’un ennemi par le sang ou la ruse, mais il doit savoir faire appel à son cœur et à son sens de la justice.
Pour ce roman construit autour de la célèbre Guerre de Troie, Hélène, Pâris et Ménélas deviennent quantité négligeable, Miller s’intéresse à Achille et plus particulièrement à la colère foudroyante qui s’empare de lui à la mort de Patrocle, amorçant l’épilogue d’une bataille rangée qu’on annonçait fulgurante et qui dura plus de dix ans (environ le temps qu’il lui aura fallut pour mûrir son roman).
Là où Homère suggérait pudiquement une forte intimité entre les deux hommes laissant à ses lecteurs le soin d’en déterminer la nature, dans « Le chant d’Achille », Madeline Miller leur érige une histoire d’amour incandescente dont la franchise, la communication et une fascination mutuelle sont les maîtres mots.
Le pari de faire de Patrocle le narrateur de l’histoire était osé et je dois dire que pendant une bonne partie du roman il s’est avéré incompréhensible à mes yeux. Si les débuts annonçaient un aspect psychologique intéressant avec un Patrocle méprisé par son royal père, déchu et exilé suite à un meurtre accidentel, isolé parmi les protégées du roi Pélée; dès lors qu’il devient le compagnon privilégiée d’Achille les choses se gâtent (à moins de nourrir un intérêt privilégiée pour les romances). Bien vite et pour bien trop de pages, Patrocle n’est que l’ombre nébuleuse qui accompagne Achille. Tandis que le second, sujet de toutes les prophéties, éveille notre intérêt de part la pression maternelle qu’il subit et les choix qui l’attendent, on se contente d’errer dans les pensées de celui qui le contemple. S’il y a peut-être, en effet, un problème de rythme, là résident pourtant les bases de ce qui en fera un roman émouvant et non une énième version épique d’un épisode trop connu.
Îlot intarissable d’humanité au beau milieu des caprices divins, des princes avides d’honneurs et des prophéties assassines, Patrocle étincelle et devient sous la plume magnifiquement moderne de l’autrice, la plus belle arme d’Achille vers la gloire qui lui était promise.  

Cette lecture valide :

La consigne n°26 du défi Les Déductions élémentaires

A propos du livre :

Résumé : Ce ne sont encore que des enfants : Patrocle est aussi chétif et maladroit qu’Achille est solaire, puissant, promis à la gloire des immortels. Mais, grandissant côte à côte, un lien se tisse entre ces deux êtres si dissemblables. Quand, à l’appel du roi Agamemnon, les jeunes princes se joignent au siège de Troie, la sagesse de l’un et la colère de l’autre pourraient bien faire dévier le cours de la guerre… Au risque de faire mentir l’Olympe et ses oracles.  » Impossible de lâcher ce livre. Toute la sauvagerie et le frisson de l’Antiquité.  » Donna TARTT  » Éprise de ses personnages, l’auteure ramène à la vie les statues antiques. Et l’on sort de son livre avec une grande envie de se replonger dans Homère.  » Le Monde Cet ouvrage a reçu le Orange Prize for fiction

Recueil de 480 pages – se le procurer

Le mot de Sally Rose

Merci beaucoup pour ce partage Amélie. À découvrir 🤗

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