Le grand cahier d’Agota Kristof

Chronique de Amélie

Premier volume de la « Trilogie des jumeaux », ce grand cahier est un livre très atypique.
Si on le lit en aveugle sans l’aide de la quatrième de couverture, on ne connait le nom d’aucun protagoniste, on sait qu’il est question d’une guerre mais on ne la nomme jamais (on en déduit fortement qu’il s’agit de la seconde guerre mondiale malgré tout), on ne sait quels pays s’affrontent ni dans lequel on se situe. Tout ce que l’on sait c’est que l’on suit des jumeaux partis de la Grande Ville pour la Petite ville pour les mettre à l’abris de la guerre, chez une grand-mère qu’on aurait du mal à imaginer moins chaleureuse.

Indomptables et débrouillards, ce duo atypique nous offre la lecture de leur grand cahier. Un recueil de dissertations thématiques mais néanmoins chronologiques qu’ils ne recopient au propre que lorsqu’elles correspondent parfaitement à leurs critères. Pour être recopiée une dissertation doit être exemplaire de véracité. C’est à dire dépourvue de tout jugement ou émotion ajoutée afin de coller au plus près des faits. le rendu est bref, taillé dans le réel et très cru.

Car dans cette campagne assiégée, peu de personnes sont bienveillantes et saines de cœur et d’esprit. Si l’on a plus souvent l’habitude de se plaindre de personnages trop manichéens en littérature, ici c’est tout l’inverse, on frise l’indigestion tant la cruauté et l’abjection sont omniprésentes et la commisération rarement gratuite. Pour faire face les jumeaux comprennent d’emblée qu’ils vont devoir s’endurcir, ils mettent alors au point de nombreux exercices visant à renforcer leur corps, leur mental et éradiquer leurs peurs

Je dois dire que j’ai été très déstabilisée par cet étalage de bestialité humaine forgée dans la douleur dans un monde où l’innocence n’existe plus. Mais on trouve aussi dans ce roman les lambeaux d’humanité accrochés à ceux que l’on voit en premier comme des monstres. L’idée des enfants de construire eux-mêmes leur déshumanisation pour survivre, tout en conservant un sens de la justice et de la compassion à certains endroits, ainsi que l’aboutissement du cahier dans un magistral twist final donne envie de voir où cette histoire les mènera.  


Cette lecture valide :

La lettre K du défi Abécédaire

A propos du livre :

Résumé : Dans un pays ravagé par la guerre, deux enfants (des jumeaux) abandonnés à eux-mêmes font seuls l’apprentissage de la vie, de l’écriture et de la cruauté. Premier roman d’une émigrée hongroise installée en Suisse, Le Grand Cahier est également le premier volet d’une trilogie qui comprend La Preuve et Le Troisième Mensonge. L’œuvre d’Agota Kristof est aujourd’hui traduite dans une quinzaine de pays.

Roman de 183 pages – se le procurer

Le mot de Sally Rose

Merci beaucoup pour ce partage Amélie. Très intéressant d’un point de vue littéraire, j’imagine que la lecture de certains passages doit être difficile

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JEUX LIT AVEC SALLY : La couverture comporte majoritairement du rouge et/ou du vert

C’était le thème du club de lecture du mois de décembre

Nous étions 6 à explorer le sujet

Amélie a lu

Résumé : Jeune diplômé désargenté, Satyacharan accepte un poste de régisseur aux confins du Bihar, dans le nord est de l’Inde. Quittant Calcutta, ce Bengali raffiné et mondain est bientôt fasciné par l’exubérance de la faune et de la flore et par la diversité des habitants de ce vaste domaine forestier. L’illustre roi des Santals garde ses vaches à l’ombre d’un banyan sacré, Yugalprasad embellit la jungle en y plantant de nouvelles espèces, Dhaturiya préfère danser sans manger plutôt que travailler aux champs… Satyacharan sait qu’il est le dernier témoin d’un formidable écosystème ; il doit pourtant en orchestrer la disparition. Son rapport au monde en sera à jamais bouleversé.

Roman de 299 pages – se le procurer

La Chronique de Amélie

Sans argent ni perspective, le jeune Bengali Satyacharan accepte, plus par nécessité que par enthousiasme, un poste de régisseur dans un domaine forestier du Bihar. Son rôle est d’attribuer la location des terres de cette jungle luxuriante à de modestes cultivateurs.


De l’expérience de ce citadin invétéré, largement inspirée par celle de l’auteur, naîtra un texte passionné. Sa rencontre avec la nature éblouissante, vierge de toute exploitation est une véritable révélation de la beauté suprême. De ces 6 années passées dans un environnement qui n’avait rien pour être le sien, Satyacharan rentrera changé : enrichi en son cœur d’une conscience écologique (bien que sa fonction l’ait lié directement à la déforestation), mais également d’une conscience sociale pour s’être peu à peu débarrassé de sa condescendance à l’égard des populations qui vivent en ces lieux reculés.


Ce texte hors du commun se situe à mi-chemin entre le carnet de bord et le  nature-writing, on y croise des personnages fabuleux, un peuple autochtone oublié, et des descriptions somptueuses d’une nature qui confine au divin, nous éblouissant de sa diversité. On s’y familiarise également avec le système totalement révoltant des castes et avec d’autant plus de réalisme et de sincérité que l’auteur indien vit lui aussi avec cette conscience de caste même si par bien des aspects elle paraît moins prégnante chez lui que chez les ruraux qu’il rencontre.


C’est un livre aussi beau par sa plume qu’intéressant par son propos, et finalement aussi exotique qu’universel qui donne à penser une fois de plus à la beauté perdue du monde et à celle qui peut encore être préservée. 

Kadeline a lu

Résumé : «  Bloomsbury m’enchante, il est la vie même.  »   Dans un récit inédit, vivant et abondamment illustré, Carole d’Yvoire raconte les premières années et la rencontre de deux êtres fascinants  : Virginia Stephen et Leonard Woolf, dont l’union sera symbolisée en 1917 par la naissance de la maison d’édition Hogarth Press. Sont ainsi célébrés dans ce texte émouvant une période activité artistique foisonnante et ceux qui, face au tragique, choisissent l’affirmation de la vie, d’une «  vie intense et triomphante  ».   Inclus  : des extraits de lettres, une nouvelle de Virginia Woolf et une nouvelle inédite de Leonard Woolf.

Roman de 224 pages. Se le procurer

La Chronique de Kadeline

Ce livre est un ouvrage hybride, il contient une biographie partielle et 2 nouvelles, une par protagoniste. La biographie couvre une période de temps restreinte qui va de leur naissance à leur mariage. Cette partie était agréable à lire et intéressante bien qu’elle ne colle pas vraiment avec les codes d’une biographie habituelle. Au lieu d’une narration contenant quelques citations pour étayer les propos, l’autrice a privilégié la traduction brute du matériel de base. Il y a une grande proportion d’extraits, de correspondances, de journaux intimes, de photos… tandis que la part d’analyse et de récit propre à l’autrice est réduite. Ce retournement des proportions est un parti pris déroutant mais qui fonctionne plutôt bien. J’ai aussi beaucoup aimé les 2 nouvelles. La nouvelle de Virginia parle d’une tâche sur le mur. L’ambiance créée était étonnante mais c’était agréable à lire. La nouvelle de Léonard peut faire polémique car la vision de ses compatriotes juifs est bien salée. J’ai aimé le regard acéré et découvrir certains points culturels. Vu le ton, ça ne m’étonne pas qu’elle n’ait jamais été traduite précédemment mais elle a vraiment quelque chose de marquant.

C’est un très bel objet avec tranche rouge, couverture dure, mise en page soignée et présence de photos. C’est une lecture intéressante même si ce n’était pas ce à quoi je m’attendais. Je n’ai pas passé un mauvais moment mais je ne pense pas qu’il m’en restera longtemps des souvenirs à part la nouvelle des 3 juifs dont le discours m’a marquée.

Laehb a lu

Résumé : UNE EFFROYABLE DÉCOUVERTE, DOUBLÉE D’UNE ÉNIGME INSOLUBLE. Pourquoi des dizaines de pieds mutilés, revêtus de chaussures vertes, sont-ils venus s’échouer sur l’île paradisiaque de Sanibel, en Floride ? Ce phénomène inexplicable et les questions qui en découlent aiguisent la curiosité de l’inspecteur Pendergast, du FBI, qui décide d’interrompre ses vacances. POUR LE COMMUN DES MORTELS, PEUT-ÊTRE… PAS POUR L’INSPECTEUR ALOYSIUS X.L. PENDERGAST !Nul ne sait d’où viennent ces pieds sectionnés. Ni même si leurs propriétaires sont toujours en vie. Débute alors une enquête qui mènera notre héros aux sources d’une rivière maudite… Confronté au complot le plus diabolique qu’il ait jamais eu à déjouer, l’agent spécial Pendergast va devoir redoubler de sagacité s’il ne veut à son tour servir de cobaye…« Un inspecteur aussi inclassable qu’irrésistible. Et des auteurs au sommet de leur art ! » Kirkus Reviews

Roman de 442 pages. Se le procurer

La Chronique de Laehb

Le duo Preston & Child est une valeur sûre. Je ne me rappelle pas avoir déjà été déçue. Si c’est le cas, les bons souvenirs ont complètement écrasé une potentielle déception.

Oui, Preston & Child is always a good idea. Pendergast ou pas d’ailleurs. C’est extrêmement bien écrit, avec un vocabulaire riche, de belles phrases travaillées, une profondeur dans la psychologie des protagonistes et l’intrigue, ce qui manque parfois aux polars et les dessert très souvent. Le suspense est toujours au rendez-vous grâce à une imagination, une créativité morbide et glauque tellement distrayante ! Des personnages intelligents et intéressants, denses, de l’action et des rebondissements « à l’américaine ». N’est pas Aloysius qui veut !

J’ai adoré les accompagner à travers la Floride (Etat cher à mon cœur ) et surtout faire connaissance avec Constance, la pupille et Coldmoon le collègue du FBI, personnages que je ne connaissais pas encore car j’ai loupé les derniers tomes des enquêtes de Pendergast.

Ce 19e tome m’a donné envie de reprendre la série depuis le début. Résolution 2021 ?

Maggy a lu

Résumé : Malgré un quotidien bien huilé, Irène a l’impression de passer à côté de son destin. Alors, quand elle apprend que la vieille amie de sa grand-mère lui lègue sa maison en Angleterre, elle n’hésite pas et saute seule dans le premier avion, direction Charlestown. À l’aube des fêtes de fin d’année, elle démarre une nouvelle vie avec de nouveaux voisins : un septuagénaire loufoque, une pétillante serveuse… mais surtout Rudolph, solitaire et bourru, veuf depuis deux ans. Aussi attirant qu’agaçant, cet homme des cavernes se maintient tant bien que mal au-dessus des flots grâce à son fils. Et si l’étincelante Irène réussissait à le faire sourire à nouveau ? Et si c’était ça, la magie de Noël ?

Roman de 461 pages. Se le procurer

La Chronique de Maggy

A 35 ans, sans enfant, Irène s’ennuie dans une relation qui dure depuis presque vingt ans. Quand elle apprend qu’une amie de sa grand-mère lui lègue une maison dans une petite ville de bord de mer en Cornouailles, elle ne réfléchit pas longtemps pour sauter dans un avion et tenter de se donner une nouvelle chance. Dans sa petite maison rose, elle va d’abord rencontrer et s’attacher à Jacob, son septuagénaire de voisin, un brin facétieux, toujours optimiste et bien déterminé à lui redonner le sourire. De l’autre côté du mur, Rudolph, jeune veuf, et son fils de 9 ans et demi (important le demi!) tentent de reconstruire une vie de famille. Bourru, aux allures d’ours ma léché, le père aux yeux verts a bien l’intention de ne pas se laisser envahir par la jeune française qui vient de débarquer dans sa vie.
En voilà une bien belle romance de Noël ! Tous les ingrédients classiques sont là. Une jeune femme seule, un peu triste par moment; un jeune veuf, tel le loup terré dans sa tanière pour lécher ses plaies; un jeune garçon qui voudrait bien profiter de la vie et voir son père à nouveau heureux; un voisin un tantinet envahissant mais ô combien décidé à ce que tout le monde profite du bonheur quotidien; le tout dans une petite ville de bord de mer, équipée d’un café accueillant.
Si tout semble bien prévisible dès le début, l’autrice aborde tout de même quelques thèmes pas vraiment guimauves comme la solitude, le désir d’enfant, la mort de l’être aimé, la reconstruction,… Et c’est là tout le charme de ce roman. Parce que rien n’y est mièvre. L’histoire tient la route, même si tout va très vite, bien entendu. L’autrice se fend même de se moquer des clichés des téléfilms de Noël à plusieurs reprises, rendant son roman encore un peu plus ancré dans la réalité. Et cerise sur le gâteau, l’humour délicat mais omniprésent de Valentine Stergann arrache régulièrement des sourires, voire quelques éclats de rire, aux lecteurs consentants.

Une jolie romance de Noël, à déguster bien au chaud, armé d’un chocolat ou d’un thé.

Priscilla a lu

Résumé : Laura se pose beaucoup de questions. Comment réussir sa vie ? Est-il possible de manger tout ce que l’on aime sans prendre dix kilos ? Comment trouver l’amour ? Trop de doutes pour être heureuse, trop d’envies pour se contenter du banal… Jusqu’au jour où un accident va complètement effacer sa mémoire. La voilà à nouveau débutante face à la vie, obligée de tout redécouvrir : les bonbons, les soutiens gorges, les garçons, l’électricité et les lois qui gouvernent l’Univers… Libérée des a priori, portée par un cœur affamé et un cerveau qui se cherche, Laura entame une aventure unique et hilarante. En ne sachant plus rien, elle a peut-être enfin une chance de devenir elle-même… Gilles Legardinier confirme brillamment qu’il n’a pas son pareil pour allier le rire à l’émotion. Qui n’a jamais rêvé de tout oublier pour recommencer?

Roman de 480 pages – se le procurer

Chronique de Priscilla

Toute la fraîcheur de la plume de Gilles Legardinier au service de Laura, atteinte d’amnésie suite à un coup à la tête lors d’une balade à poney.
C’est drôle, bourré d’optimisme et de bons sentiments : soit exactement ce dont j’avais envie en cette période noire.
Comme à son habitude Gilles Legardinier sait rendre parfaitement crédible son héroïne qui, à cause de (ou grâce à) son accident vit son quotidien comme un enfant le ferait, avec les yeux de l’innocence. Autant dire que par moment c’est loufoque mais ça donne lieu à des situations et réflexions bien cocasses qui, pour ma part, m’amusent beaucoup !   
Laura c’est un peu la fille qu’on voudrait avoir comme copine ou collègue et avec qui on se marre bien. 
Et puis il y a toujours la petite patte féline qui vient se glisser dans la plupart des livres de l’auteur et qui n’est pas pour me déplaire !

Sally Rose a lu

Résumé : Son nom est Liv Maria Christensen. Elle fut l’enfant solitaire, la jeune fille fiévreuse, l’amoureuse du professeur d’été, l’orpheline et l’héritière, l’aventurière aux poignets d’or. Maintenant la voici mère et madone, installée dans une vie d’épouse. Mais comment se tenir là, avec le souvenir de toutes ces vies d’avant ? Faut-il mentir pour rester libre ?  Julia Kerninon brosse le portrait éblouissant d’une femme marquée à vif par un secret inavouable.  Et explore avec une grande justesse les détours de l’intime, les jeux de l’apparence et de la vérité.   Née en 1987 à Nantes, Julia Kerninon est l’une des voix importantes de la nouvelle génération d’autrices.  Ses précédents livres ont été couronnés de nombreux prix, salués par la critique et traduits à l’étranger. Avec ce cinquième roman, elle affirme encore son talent.

Roman de 270 pages – se le procurer

Chronique de Sally Rose

Liv Maria est le fruit d’une bretonne et d’un norvégien. De nature opposée mais unis par une passion fusionnelle, ils vont donner à Liv Maria le respect de la liberté et le goût des livres.

Alors qu’elle suit des études à Berlin, elle s’éprend de son professeur. Durant deux mois, cette liaison enivrante façonnera la femme qu’elle deviendra.

Plusieurs thèmes sont abordés dans ce roman mais globalement le sujet central tourne autour de la connaissance de soi, du respect que l’on doit avoir pour ses propres aspirations.

Liv Maria est un personnage très attachant, une femme libre, curieuse, ardente, vivante.

Le ton est érudit, les références littéraires sont nombreuses, le style est un peu académique mais il ne brise pas la flamboyance de Liv Maria ni ne jure avec son apparente frivolité.

À découvrir

JEUX LIT AVEC SALLY : Un Prix Goncourt

C’était le thème du club de lecture du mois de novembre

Nous étions 4 à explorer le sujet

Amélie a lu

Résumé : Qui pousse un certain Guy Roland, employé d’une agence de police privée que dirige un baron balte, à partir à la recherche d’un inconnu, disparu depuis longtemps ? Le besoin de se retrouver lui-même après des années d’amnésie ?Au cours de sa recherche, il recueille des bribes de la vie de cet homme qui était peut-être lui et à qui, de toute façon, il finit par s’identifier. Comme dans un dernier tour de manège, passent les témoins de la jeunesse de ce Pedro Mc Evoy, les seuls qui pourraient le reconnaître : Hélène Coudreuse, Fredy Howard de Luz, Gay Orlow, Dédé Wildmer, Scouffi, Rubirosa, Sonachitzé, d’autres encore, aux noms et aux passeports compliqués, qui font que ce livre pourrait être l’intrusion des âmes errantes dans le roman policier. Prix Goncourt 1978

Roman de 256 pages – se le procurer

La Chronique de Amélie

Guy Roland est détective privé. Il est également amnésique. D’ailleurs Guy Roland n’est qu’une identité qui lui a été fournie par son employeur et ami qui cesse aujourd’hui son activité. Dès lors, cet homme sans passé a tout loisir d’employer ses compétences dans la quête de celui-ci.

Une photo, un nom, un hall d’immeuble, Guy est à l’affût de la moindre piste si ténue soit-elle. De rencontres fébriles en souvenirs fugaces, on s’attache aux volutes d’un parfum poivré, au ressenti particulier à la lueur d’une certaine lumière, ou bien aux mains croisées sur le pommeau d’une canne. Un sentiment de fuite grandit. Mais que fuyaient-ils, lui et ses amis perdus aux noms multiples et étranges, dans cette « drôle d’époque » où Paris était sous occupation allemande. Où sont-ils maintenant? Qui pourra l’aider à retenir le sable du temps oublié qui lui file entre les doigts dès qu’il pense pouvoir s’en saisir à nouveau?

Rue des boutiques obscures est un roman troublant et énigmatique qui vous possède autant qu’il vous échappe, cultivant le flou et le trouble en chatouillant les méninges. Qu’est-ce que l’identité lorsque l’on perd son passé ? Une identité est-elle unique ou plurielle ? Peut-on se construire avec un sentiment d’errance perpétuelle?

Laehb et Maggy ont lu

Résumé : Aziz est né en France, de parents inconnus. Recueilli par les Tsiganes des quartiers nord de Marseille, il a grandi sous la nationalité marocaine, n’ayant pas les moyens de s’offrir un faux passeport français. Professionnellement, il s’est spécialisé dans les autoradios : il les vole et les revend. Sa vie bascule le jour où le gouvernement décide une grande opération médiatique de retour au pays. Le voilà confié à un jeune et idéaliste « attaché humanitaire », chargé d’aller le « réinsérer dans ses racines », et qui lui demande où se trouve son lieu de naissance. Le doigt d’Aziz montre au hasard, sur la carte du Maroc, une zone vierge du Haut-Atlas. Et l’aventure commence… Avec ce voyage initiatique, cette histoire d’amitié imprévisible entre deux êtres qui n’auraient jamais dû se rencontrer, Didier van Cauwelaert nous donne un roman drôle et poignant, qui a obtenu le prix Goncourt en 1994.

Roman de 128 pages. Se le procurer

La Chronique de Laehb

J’ai beaucoup de chance en ce moment, voici un nouveau court roman qui m’émerveille par sa densité. En si peu de pages ( 128 pages, on aurait même pu parler de longue nouvelle, de conte ) l’auteur a réussi sans problème à me faire voyager loin de ma jolie petite vie bien confortable de privilégiée.

Direction dans un premier temps les quartiers Nord de Marseille, ses petits trafics, ses clans tziganes et les cités d’en face, ses bagarres arabes contre gitans et notre cher Aziz au milieu, pas vraiment arabe, pas un vrai gitan, un étranger chez lui. Enfant trouvé par Vasile le chef de clan, encore nourrisson, il grandit tant bien que mal et se spécialise dans les autoradios, enfin surtout le vol et la revente. Fou amoureux de Lila, il pourra enfin l’épouser après de longues tractations et contre une belle cargaison de matériel hi-fi. Aziz en est persuadé, le bonheur est au bout du chemin.

Ce sera finalement une arrestation lors du repas de fiançailles, une reconduite à la frontière lors d’un très médiatisé programme de réinsertion de clandestins  dans leur pays d’origine. Ses faux papiers le disent marocain, direction donc le Maroc, le Haut-Atlas, accompagné de son attaché humanitaire un brin idéaliste, surtout déprimé par une rupture.

Situations cocasses, voire ubuesques, rythment leur voyage et fait naître une amitié aussi belle qu’improbable.

Roman tendre et émouvant que j’aurai aimé pouvoir étirer sur 100 ou 200 pages de plus.

La Chronique de Maggy

A Marseille, Aziz vit au milieu des tziganes. De sa naissance, il ne sait rien. Il a été recueilli, bébé, par un manouche et ses papiers le disent marocain, parce que les papiers français, ça coûte plus cher. A 15 ans, il quitte l’école pour s’occuper d’autoradios dont les antivols n’ont plus de secret pour lui. Alors qu’il va enfin se fiancer avec la belle Lila, le voilà embarqué par les condés et placé dans un tout nouveau programme destiné à prouver que la France s’occupe bien des sans-papiers: il va être raccompagné dans son pays d’origine, le Maroc, sous la bonne garde de Jean-Pierre Schneider, son « attaché humanitaire » personnel. Et voilà ces deux hommes que tout oppose à la recherche des racines d’Aziz, qui n’est pas plus marocain que vous et moi.

Ce Goncourt 94 tient presque plus de la fable que du roman. Un voyage initiatique qui commence à Marseille, ses quartiers Nord, ses tours et ses barres d’immeubles, ses zones de non-droit… Et puis le Maroc, ses montagnes, ses enfants qui mendient, ses touristes, ses fleurs qui éclosent dans le désert… Et enfin Aziz et Jean-Pierre, dont on ne saura pas finalement qui a sauvé l’autre.

Une quête de sens et finalement un retour aux sources pour chacun d’eux. Didier van Cauwelaert aura eu l’audace de nous proposer un roman dont la construction ne prendra son sens qu’à la fin. Une réflexion presque philosophique sur les origines, les racines et le poids du passé; un roman à l’écriture poétique par moment, parsemé d’humour, aux personnages attachants et dans lequel tout le monde trouvera l’une ou l’autre question existentielle qu’il s’est une fois posée.

Sally Rose a lu

Résumé : Cela fait deux ans que Paul Hansen purge sa peine dans la prison provinciale de Montréal. Il y partage une cellule avec Horton, un Hells Angel incarcéré pour meurtre. Retour en arrière: Hansen est superintendant a L’Excelsior, une résidence où il déploie ses talents de concierge, de gardien, de factotum, et – plus encore – de réparateur des âmes et consolateur des affligés. Lorsqu’il n’est pas occupé à venir en aide aux habitants de L’Excelsior ou à entretenir les bâtiments, il rejoint Winona, sa compagne. Aux commandes de son aéroplane, elle l’emmène en plein ciel, au-dessus des nuages. Mais bientôt tout change. Un nouveau gérant arrive à L’Excelsior, des conflits éclatent. Et l’inévitable se produit. Une église ensablée dans les dunes d’une plage, une mine d’amiante à ciel ouvert, les méandres d’un fleuve couleur argent, les ondes sonores d’un orgue composent les paysages variés où se déroule ce roman. Histoire d’une vie, Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon est l’un des plus beaux livres de Jean-Paul Dubois. On y découvre un écrivain qu’animent le sens aigu de la fraternité et un sentiment de révolte à l’égard de toutes les formes d’injustice. Prix Goncourt 2019

Roman de 245 pages – se le procurer

Chronique de Sally Rose

Paul est en prison à Montréal. Il nous raconte son histoire.

Mais parce que c’est un roman de Jean-Paul Dubois, c’est bien plus que ça.

Personnages atypiques, situations cocasses, l’univers de l’auteur est au rendez-vous ainsi que le ton à la fois triste, blasé et optimiste.

Un vrai régal même si ce n’est pas le meilleur de l’auteur

Les invisibles de Antoine Albertini

Chronique de Amélie

Il s’appelait El Hassan Msarhati. Pour d’autres il était Mohamed Djilali, ou encore «La Vache», «Le Marocain», un immigré clandestin qui s’était vanté à qui voulait l’entendre qu’il avait «parlé». Pour cesser d’être invisible, pour regagner sa dignité, pour dénoncer toute cette merde que l’on ne veut pas voir sous le sable fin des plages de l’Ile de Beauté ou en ouvrant une bouteille de vin corse. Puis il est mort, assassiné d’une balle dans la nuque. Lorsqu’il a été retrouvé, résonnait encore à ses oreilles, dans ses écouteurs poussés à plein volume, un air oriental aux accents du bled.

Règlement de compte envers celui qui dérange, racisme ordinaire, crime crapuleux ?
Les pistes sont floues, les langues liées ou mensongères. En dire trop serait risquer de mettre à jour un trafic bien huilé que même les plus opprimés ne voudraient risquer de voir s’écrouler.

Antoine Albertini, qui a connu la victime vivante, relate ici les coulisses d’une enquête dont chaque strate met un peu plus en évidence, au delà du crime en lui-même, l’invisibilité de ces hommes pour la société bien pensante. Les conditions déplorables d’un travail sous payé, le logement insalubre, l’asservissement, cette hiérarchie insidieuse dans la précarité qui permet de s’en prendre au plus mal loti que soi, la conscience permanente surtout que cette invisibilité doit être préservée sous peine de voir son maigre gagne-pain anéanti par un retour au pays ; rien ne nous est épargné de ce quotidien sous tension permanente.

Être invisible, c’est surtout renoncer à toute protection médicale, sociale ou juridique. C’est être une cible vivante qui n’a jamais vocation à dénoncer son bourreau. C’est être livré à soi-même et aux loups qui vous entourent. Car l’homme est bel est bien un loup pour l’homme et il ne manque pas d’abjection dans ses manières de le démontrer tout au long de ce livre. Cet ouvrage est une injonction à ouvrir les yeux et à injecter de la bonté et de la considération là où il n’y a que violence, mépris, mais probablement et surtout ce grand fléau qu’est l’indifférence. 

Cette lecture valide :

La consigne n°10 du défi Les Déductions élémentaires

A propos du livre :

Résumé :

«  Le 16 novembre 2009, un homme était abattu sur une route de campagne déserte dans la Plaine orientale de la Corse. Je l’avais rencontré une semaine auparavant à l’occasion d’un documentaire sur les filières d’immigration clandestine. Il s’appelait El Hassan M’Sarhati. Il m’avait raconté comment un passeur l’avait acheminé dans l’île, comment il avait travaillé pour des patrons inhumains, comment il se retrouvait à cette époque sans ressource, sans travail, les mains fracturées. Ce jour-là, j’ai fait mon métier, je l’ai convaincu de parler. Il a accepté en m’avertissant  : Si je parle, ils vont me mettre en balle dans la tête. C’est ce qui est arrivé.  »
La justice n’a jamais su qui étaient ces ils. Les assassins n’ont jamais été retrouvés. Antoine Albertini a voulu reconstituer le parcours de cet homme exécuté dans le dos, d’une balle de fusil de chasse. Il a enquêté. Visité les mobiles homes où vivent des milliers de déracinés, serfs des temps modernes, qui récoltent le raisin, les kiwis, les clémentines dans les champs corses. Il a rencontré des immigrés clandestins, des avocats, des gendarmes, des vignerons. A travers le destin tragique d’El Hassan, Antoine Albertini révèle le sort de milliers d’hommes dont on ne parle jamais, il décrit une économie, une société, un monde caché. Lorsque le rosé bu par les touristes sur une plage de Porto-Vecchio a un arrière-goût de sueur d’esclaves. 

Récit de 168 pages – se le procurer

Le mot de Sally Rose

Merci beaucoup pour ce partage Amélie. Les récits journalistiques ont l’intérêt de souvent nous montrer l’envers du décor 😮

JEUX LIT AVEC SALLY : Tess D’Urberville de Thomas Hardy

C’était une des lectures communes du mois de novembre

Nous étions 3 lectrices à partager nos impressions

Jeune paysanne innocente placée dans une famille, Tess est séduite puis abandonnée par Alec d’Urberville, un de ses jeunes maîtres. L’enfant qu’elle met au monde meurt en naissant. Dans la puritaine société anglaise de la fin du xixe siècle, c’est là une faute irrémissible, que la jeune fille aura le tort de ne pas vouloir dissimuler. Dès lors, son destin est une descente aux enfers de la honte et de la déchéance. Thomas Hardy (1840-1928) signe avec cette oeuvre pessimiste, où la richesse des tableaux rustiques du Wessex ne fait que souligner la noirceur de l’univers social, un des chefs-d’oeuvre du roman anglais, magnifiquement porté à l’écran par le cinéaste Roman Polanski. 

Roman de 480 pagesSe le procurer

Chronique de Amélie

Tess Urbeyfield est née de basse condition mais de noble ascendance, elle est surtout née femme dans une société pensée par les hommes pour les hommes. L’annonce inattendue de son appartenance à une illustre famille sonnera la fin de l’enfance et de l’insouciance.
Se faisant connaître auprès des d’Urberville, ses prétendus cousins, sous l’injonction de sa mère, Tess découvrira surtout que ses grands yeux et ses lèvres ourlées sont autant de tentations pour le maître des lieux.
Tragédie romanesque, Tess d’Urberville dénonce sous les traits d’une héroïne dévouée à son entourage, travailleuse et dépourvue de tout calcul le carcan oppressif et sexiste de l’Angleterre du XIXe siècle. On pourrait la trouver trop docile, trop sage, trop enfermée dans une morale qui l’oppresse. Et pourtant Tess et celle qui dit « non » et que l’on refuse tout simplement d’entendre, elle est celle qui n’hésite pas à faire passer ses principes avant son intérêt personnel, qui assume le poids physique et moral de fautes qu’elle n’a pas commises. Elle est l’éternelle victime traitée en coupable, et si l’auteur n’a de cesse de l’accabler d’épreuves ce n’est que pour mieux en démontrer l’injustice.
Les chapitres défilent comme autant de tableaux peints avec soin et qui s’animeraient peu à peu sous sa plume, tandis que les saisons passent, rythmées par les travaux des champs.
Très classique dans sa forme qui emprunte beaucoup à la construction des plus grandes tragédies antiques, ce roman paraît très moderne dans ce qu’il dénonce. J’ai également été très touchée par la belle notion de sororité qu’il propose, un baume aussi doux qu’inespéré et par les brefs mais vivifiants retours à la nature durant lesquels les jugements et les conventions sociales semblent totalement dérisoires.

Chronique de Ptitmousse

Drame, amour, révolte. Si je devais choisir 3 mots pour ce roman, voici ceux qu’ils seraient.
– drame : est-il besoin de le préciser ? Je trouve que c’est un livre stressant, angoissant, notamment toute la partie où l’on se demande : dira ou dira pas ? Se mariera ou se mariera pas ? Et bien d’autres drames…
– amour : tellement présent ! On peut notamment citer la sublime lettre d’amour de Tess à Angel.
– révolte : à coup sûr, ce qui me restera le plus de ce roman ! Il a réveillé des sentiments vifs en moi car il rappelle la triste condition des femmes à cette époque (et d’ailleurs, même condition encore dans certains pays aujourd’hui). Ces pages et ces pages et ces pages d’hésitations, de remords, de mal-être m’ont paru infiniment longues, à la mesure de ce que les femmes devaient subir de principes moralisateurs à l’époque. Voila un livre important à mon sens pour comprendre une partie de la condition des femmes au XIXème.

Quelques passages au style poussé et à la portée presque philosophique m’ont un peu désarçonnée. Et puis le style est d’un autre temps, c’est sûr ; non pas que ce soit un défaut mais cela change, et finalement ça fait du bien ! J’ai quand même eu du mal au début, et pourtant j’avais lu Jane Eyre il n’y a pas longtemps de la même époque et il ne m’avait pas paru si alambiqué… (D’ailleurs, moi qui ne conçois la lecture qu’en changeant de genre et de style très régulièrement, ces deux lectures étaient beaucoup trop proches.)

Et dire que jusqu’ici, je n’avais même jamais entendu le nom de Thomas Hardy ! Comment expliquer cela ?


PS : Avez-vous déjà eu une lecture en partie gâchée par la quatrième de couverture. Cela commence à m’arriver de plus en plus souvent, et ce fut le cas ici. Pas merci France Loisirs… Sur la quatrième que j’avais dans les mains, on y parle de fille-mère. Tout cela aura fait que mon ressenti au départ était assez confus : attente et suspense du moment où la vie de Tess basculera dans l’abîme, ellipse de la découverte grossesse, de la grossesse en elle-même et de la naissance qui m’a manqué alors qu’en fait elle n’avait pas tant d’importance. Enfin, la quatrième disait même la toute fin du livre, les toutes dernières pages !!!

Chronique de Sally Rose

Roman classique de la littérature anglaise du 19e, mon premier sentiment a été l’émerveillement. Quel plaisir voire quel bonheur que cette douce prose, ce style harmonieux et fluide qui m’a immédiatement transportée dans la belle campagne anglaise.
La scène inaugurale est celle d’une danse campagnarde et s’imposent à l’imaginaire du lecteur les rayons du soleil, les robes des jeunes filles et même le son de la musique.
Le décor est planté.
Mais ce roman n’est pas une douce partie de campagne.
Il est celui d’une passion, celui d’une femme qui sera la victime des conventions sociales, du carcan des traditions, de la piètre considération qu’inspire la femme d’une façon générale.
 
L’auteur dresse un portrait captivant de son héroïne : elle est fière, indépendante, orgueilleuse, courageuse mais aussi naïve et sincère. Et surtout, pour son malheur, elle est belle et sensuelle. Tess est une femme moderne, en avance sur son temps, mais avec toute la fraîcheur de l’innocence et de l’honnêteté. Consciente de sa condition et de sa beauté, habitée de son amour pour son mari, elle sacrifiera sa vie à l’honneur de celui-ci.
Angel Clare est un personnage tout en paradoxe. Il rejette la religion alors que son père est pasteur mais est malgré tout imprégné de principes moraux très rigides. Puisque ceux-ci se développent en-dehors de la légitimité religieuse, ils instillent dans le cœur et l’âme de cet homme un cynisme qui le fera passer à côté de nobles sentiments.
 
L’auteur aborde  également les changements qui s’opèrent dans cette société rurale : extinction des familles de nobles, exode rural, mécanisation des cultures accompagnée d’une certaine déshumanisation. On se régale avec de belles pages sur la vie aux champs même si elle est dure et précaire.
 
Un superbe roman, celui d’une passion mais aussi d’un monde en pleine mutation où la perte de religiosité n’a d’égale que le cynisme et où la beauté de l’amour pur est portée aux nues.

Terres fauves de Patrick Gain

Chronique de Amélie

Les grands espaces sauvages, c’est quitte ou double. Ils vous fascinent ou ils vous angoissent. Et dans les deux cas si vous vous retrouvez seul, sans ressources ni préparation, au fin fond de l’Alaska dans un coin infesté d’ours qui ont aussi faim que vous, il y a de grandes chances que peu importe à quelle catégorie de personnes vous apparteniez, la crainte finisse par s’installer.

Mais qu’allait-il faire dans cette galère notre David McCae, cet écrivain new-yorkais qui frise la crise de panique dès qu’il est loin de l’agitation citadine? Au départ juste son travail : s’entretenir avec un célèbre alpiniste dont l’amitié fait reluire comme un sou neuf la réputation du gouverneur pour lequel il écrit. Imaginez donc…Rien que se rendre sur place équivaut à surmonter bon nombre de phobies pour David.

Sa rencontre avec le héro national (qui s’avère être l’archétype du mégalomane imbuvable), bien loin d’adoucir son séjour, va lui faire prendre une tournure inattendue autant qu’effroyable. Il va devoir, pour la première fois de son existence, se confronter à lui même, à la sauvagerie de la nature et à celle, peut-être bien plus hostile encore, des hommes.

D’abord un brin amusés par ce héro un peu gourd, on sent bien vite la blague virer au cauchemar entre descente aux enfers, traque et instinct de survie.
Patrice Gain nous offre un ouvrage d’ambiance, aussi efficace dans les descriptions que dans l’action pure.  

Cette lecture valide :

La consigne n°55 du défi Les Déductions élémentaires

A propos du livre :

Résumé : « Quand le soleil est passé derrière les sommets et que les eaux de la baie sont devenues noires, j’ai compris que personne ne reviendrait me chercher. » Missionné par son éditeur, David McCae, écrivain new-yorkais, se retrouve parachuté du jour au lendemain en Alaska pour terminer les mémoires du gouverneur de l’État de NY. Afin d’étoffer un chapitre élogieux, il doit recueillir les confidences d’un alpiniste de renommée mondiale et ami proche de l’homme politique. Mais tout ne se passe pas comme prévu. Plus adepte du lever de coude que de l’amabilité, l’aventurier n’en est pas moins disert et David en apprend beaucoup. Trop. Seul et démuni, dans une nature austère et glaciale, le prête plume va devoir apprendre à sauver sa peau…

Roman de 256 pages – se le procurer

Le mot de Sally Rose

Merci beaucoup pour ce partage Amélie. Je suis bien tentée 😍

Nous rêvions juste de liberté – Henri Loevenbruck

Chronique de Amélie

Il y a tellement TOUT dans ce roman qu’on se dit qu’Henri Loevenbruck aurait sans doute pu écrire un essai sur l’homme et la liberté et s’en tirer avec les honneurs. Mais heureusement il a écrit encore mieux : un livre où l’émotion se cache à toutes les pages et même entre les pages (parce que t’as beau avoir laissé le livre traîner au fond de ton sac, tu te surprends entre le rayon bio et le rayon fromage à te demander ce qu’il fout Freddy en ce moment).
Et toi qu’est-ce que tu fous? Qu’est-ce qui te libère, qu’est-ce qui t’aliène? La famille, les amis, le boulot, l’argent, quatre murs, deux roues ou peut-être quatre, la drogue, la lecture aussi, non ?
C’est comme si toute forme de libération roulait avec son double diabolique.
Il parait que « La liberté, il y en a partout. Il faut juste avoir le courage de la prendre. » Et du courage il en faut parce qu’on vit dans une belle société d’asservis et que ta vie ça a l’air plus important de la gagner que de la vivre à entendre certains. Alors en mettre plein la vue aux gens avec ta liberté ça risque de pas plaire à tout le monde, de susciter pas mal de jalousies et de mandales dans ta gueule pour te rappeler que « la récréation est finie » ou que la vie c’est pas ça.
Mais pourquoi la vie ce serait pas aussi simple qu’une bande de potes, quelques motos et une belle étoile? Et rouler, rouler sans jamais s’arrêter parce que comme ça t’aurais une chance que l’ordre naturel des choses te rattrape jamais. Inventer son mode de vie, ses codes, ses loyautés. Jusqu’à te rendre compte que ta liberté et celle des autres c’est peut-être pas toujours la même que ce qui te libère les enferme peut-être et inversement.

Peut-on vraiment être libres à plusieurs comme tu l’affirmais, Bohem, fier comme un coq devant la belle Nina ?
En tout cas, moi, là tout de suite, ma seule certitude c’est que j’ai le cœur menotté par un torrent d’amour pour tout un tas de gens présents ou absents, pour Bohem aussi qui fait maintenant un peu partie de moi et pour les jolis mots de l’auteur parce qu’il a su dire l’indicible dans la violence comme dans la douceur avec l’accent de la vie, celui qui fait un peu suer des yeux. Merci.
  


Cette lecture valide :

La consigne n°6 du défi Les Expressions gourmandes

A propos du livre :

Résumé : Providence, le grand nulle part. La bande d’Hugo, dit Bohem, s’englue dans un avenir opaque. Pour s’en affranchir, vivants et libres, ces rêveurs intrépides entreprennent une traversée du pays qui n’épargnera rien ni personne. Guidant leur devoir d’insoumission, trois valeurs tutélaires : loyauté, honneur et respect. Sur la route, Bohem et les siens feront l’expérience de la vie, splendide et décadente. A la fin du voyage, au bout de l’initiation, un horizon : la liberté. Jusqu’où iriez-vous par amour de la liberté ?

Roman de 496 pages – se le procurer

Le mot de Sally Rose

Merci beaucoup pour ce partage Amélie. Ce roman touche tous ses lecteurs (ou presque), concentre beaucoup d’émotions et continue à faire rêver bien après sa lecture terminée

Malevil de Robert Merle

Chronique de Amélie

Dans Malevil, Emmanuel nous narre son épopée. Celle d’un groupe d’amis d’enfance (et de quelques « pièces rapportées ») ayant miraculeusement survécu à ce qui semble être une apocalypse nucléaire. Confinés lors de la catastrophe dans les caves d’un château périgourdin (le fameux « Malevil »), la petite bande va devoir survivre dans un paysage dévasté où rien ne semble avoir survécu pas même un brin d’herbe.

Emmanuel, leader naturel, prend les rênes et à travers ses yeux nous serons plongés dans les dilemmes qu’exige une telle situation, mais également à une réflexion sur nos sociétés actuelles et ce qu’elles vampirisent en nous. Si le narrateur possède une assurance et une autorité naturelle doublées d’un excès de confiance manifeste et d’un fort penchant pour la manipulation qui peuvent être irritants, il compense par une volonté profonde d’œuvrer pour le bien commun et de respecter les bases de la démocratie.

Son récit est épisodiquement entrecoupé de notes de Thomas, l’un de ses compagnons. Il apporte une vraie valeur ajoutée à la narration, d’une part en rétablissant certaines vérités et comblant certaines omissions, mais aussi en étoffant par cela le personnage d’Emmanuel qui perd un peu de la magnificence à peine teintée de fausse modestie qu’il aime arborer si coquettement.

S’il se porte en partie sur la gestion des ressources et des maintes péripéties qui parsèment ce livre, Malevil est surtout et avant tout une réflexion fine sur l’humanité, son instinct grégaire et ses conséquences, les diverses formes de pouvoirs, la constitution d’une société, son évolution et son rapport aux autres, sa morale, sa violence et leurs garde-fous. Si la catastrophe est un « reset » de l’humanité, cette dernière peut-elle survivre tout en tirant leçon de son Histoire et éviter de reproduire les mêmes erreurs?

J’ai trouvé ce roman passionnant et captivant et je pense qu’il est incontestablement une pierre angulaire du genre. Cependant je regrette quelques facilités scénaristiques, le manque désopilant de personnages féminins forts (il y a bien Judith, certes, mais si peu traitée), et cette fascination divinisée et à peine contrebalancée du personnage d’Emmanuel est quand même, je dois le dire, un peu déroutante.

Cette lecture valide :

La consigne n°15 du Défi Les Rougon-Macquart

A propos du livre :

Résumé : Une guerre atomique dévaste la planète, et dans la France détruite un groupe de survivants s’organise en communauté sédentaire derrière les remparts d’une forteresse. Le groupe arrivera-t-il à surmonter les dangers qui naissent chaque jour de sa situation, de l’indiscipline de ses membres, de leurs différences idéologiques, et surtout des bandes armées qui convoitent leurs réserves et leur «nid crénelé» ?

Roman de 640 pages – se le procurer

Le mot de Sally Rose

Merci beaucoup pour ce partage Amelie. Un roman auquel je fais souvent référence et que tu me donnes envie de relire🤗

JEUX LIT AVEC SALLY : Le titre commence par la lettre C

C’était le thème du club de lecture du mois de septembre

Nous étions 8 à explorer le sujet

Amélie a lu

Résumé : Crazy. Folle. Oui, elle doit être folle, cette enfant qui croit que les songes guérissent les maladies et les blessures, et qu’un esprit la guide. Folle, cette jeune fille de l’Oklahoma qui se lance à corps perdu dans le théâtre, la peinture, la poésie et la musique pour sortir de ses crises de panique. Folle à lier, cette Indienne qui ne se contente pas de ce qu’elle peut espérer de mieux : une vie de femme battue et de mère au foyer. Brave. Courageux. Oui, c’est courageux de ne tenir rigueur à aucun de ceux qui se sont escrimés à vous casser, à vous empêcher, à vous dénaturer. De répondre aux coups et aux brimades par un long chant inspiré. D’appliquer l’enseignement des Ancêtres selon lequel sagesse et compassion valent mieux que colère, honte et amertume. Crazy Brave. Oui, le parcours existentiel de Joy Harjo est d’une bravoure folle. Comme si les guerres indiennes n’étaient pas finies, elle a dû mener la sienne. Une guerre de beauté contre la violence. Une guerre d’amitié pour les ennemis. Et elle en sort victorieuse, debout, fière comme l’étaient ses ancêtres, pétrie de compassion pour le monde. Les terres volées aux Indiens existent dans un autre univers, un autre temps. Elle y danse, et chacun de ses pas les restaure.

Roman de 160 pages – se le procurer

La Chronique de Amélie

Crazy brave est le livre-témoignage de la poétesse Joy Harjo. D’origines creek et cherokee, elle parle au travers de ses expériences très personnelles de l’héritage de l’histoire de ses ancêtres. On y trouve aussi bien un esprit de révolte et de lutte pour un monde plus juste, que des déboires beaucoup plus intimes où l’alcool et les violences domestiques sont omniprésents. Joy Harjo porte en elle le lourd passé d’un peuple spolié et le poids des difficultés actuelles qui en sont les répercussions directes.

Peinture, musique, théâtre, poésie,… c’est par les arts qu’elle s’élève, par eux qu’elle prend sa place dans le monde. Dans la prose même de son roman, on mesure la montée en puissance de cette voix unique. Les premières pages, très factuelles, n’ont rien de transcendant. Elles posent les bases d’un édifice qui viendra peu à peu s’orner de rêves, de métaphores, de galaxies et d’hommes-poèmes. À leur contact l’autrice grandit et son style se révèle beaucoup plus travaillé. Ses visions ouvrent des portes à l’intérieur de soi et le monde paraît plus immatériel, on retrouve la patte subtile de la poétesse qui manipule les images et l’inconscient pour faire toucher du doigt l’indicible.

Ses guerres interminables elle les mène inlassablement, sans haine, avec toute la vigueur de sa compassion et de son esprit de liberté.

Une belle découverte qui possède toute la beauté d’une main tendue.

Audrey a lu

Résumé : En prenant sa retraite, John Rothstein a plongé dans le désespoir les millions de lecteurs des aventures de Jimmy Gold. Devenu fou de rage depuis la disparition de son héros favori, Morris Bellamy assassine le vieil écrivain pour s’emparer de sa fortune et, surtout, de ses précieux carnets de notes. Le bonheur dans le crime ? C’était compter sans les mauvais tours du destin… et la perspicacité du détective Bill Hodges. Trente ans après  Misery, Stephen King renoue avec l’un de ses thèmes de prédilection : l’obsession d’un fan. Dans ce formidable roman noir, où l’on retrouve les protagonistes de  Mr Mercedes  (prix Edgar 2015), il rend un superbe hommage au pouvoir de la fiction, capable de susciter chez le lecteur le meilleur… comme le pire.   Un suspense de très haut niveau et une intrigue au déroulé parfait qui vont faire passer au lecteur de belles nuits blanches. Renaud Baronian, Le Parisien.

Roman de 576 pages – se le procurer

La Chronique de Audrey

Suite des aventures de Hodges bien surprenante. J’avoue avoir été déçue au début. Le personnage principal n’apparaît pas, les chapitres sont longs. Et pourtant cette première partie est diaboliquement nécessaire.
Comme dans le premier tome, Stephen King nous met dans la tête des différentes parties. Comme dans le premier tome, l’assassin est consumé par une certaine folie. En l’occurrence, il s’agit d’un fanatisme autour d’un cycle de livres. La lecture, les livres, les auteurs, sont au centre de ce roman si justement appelé en français « Carnets noirs ». Les amoureux de la littérature se retrouveront ( mais pas dans l’excès tout de même) et suivront avec satisfaction la piste sanglante semée par des carnets non publiés.
S’il m’a fallu du temps pour entrer dans la première partie, les deux suivantes se sont révélées de vraies page turner, avec leurs chapitres courts, la tension grandissante. Le génie de cette intrigue n’est pas le mystère mais bien cette tension haletante.

La fin du tome amorce un tournant plutôt radical dans le cycle avec une seule pensée : hâte de se plonger dans le tome 3 !

Laehb a lu

Résumé : En 1919, un tueur en série s’attaque aux habitants de La Nouvelle-Orléans en laissant sur les lieux de ses crimes des cartes de tarot. La panique gagne peu à peu, on évoque le vaudou, les rivalités ethniques sont exacerbées. Un policier, Michael Talbot, un journaliste, John Riley, une jeune secrétaire de l’agence Pinkerton, Ida, et un ancien policier tout juste sorti de prison, Luca D’Andrea, vont tenter de résoudre l’affaire. Mais eux aussi ont leurs secrets… Alors qu’un ouragan s’approche de la ville, le tueur, toujours aussi insaisissable, continue à sévir. Le chaos est proche. « Ce premier roman possède ce qu’il faut de swing dans le style et de tempo dans l’action pour transporter aussi bien l’amateur de roman historique que de thriller. » Le Monde des livres « On baigne dans un ambiance Tabasco : vaudou, ségrégation, jazz, alcools frelatés et bordels. » Le Point Traduit de l’anglais par Jean Szlamowicz

Roman de 522 pages – se le procurer

La Chronique de Laehb

J’ai beaucoup apprécié ce polar très dépaysant et assez déstabilisant. Ray Celestin part d’un horrible réel fait divers : un tueur en série muni d’une hache terrorise la Nouvelle Orléans au début du XXème siècle. Roman choral ( j’adore cette présentation ) mettant en scène quatre enquêteurs à la poursuite de ce fantôme du bayou : une jeune détective en herbe, un journaliste, un ex-flic mafieux fraîchement libéré de prison et le flic mal aimé – mal léché.
L’ambiance jazzy pré prohibition, les personnages attachants tant ils semblent fragilisés, le mystère des paysages du bayou et surtout les différentes pistes et suspects suivis en font un roman policier original et très riche en rebondissements et découvertes. Très bon divertissement qui m’a, en plus, appris beaucoup de choses à propos de la Louisiane.
Je continuerai sans aucun doute cette série.

Maggy a lu

Résumé : Londres, 1940. Par un morne après-midi de décembre, Emmy tombe sur une petite annonce du London Evening Chronicle : le prestigieux quotidien recherche une assistante. La jeune fille, qui depuis toujours se rêve grand reporter, postule sans attendre ni poser de questions sur la nature exacte du travail. Elle se voit déjà sauter dans le dernier avion pour un pays lointain et publier des articles brûlants sur la guerre. La déception est grande quand elle se retrouve à rédiger des réponses convenues aux lectrices d’un magazine poussiéreux, sous la stricte férule de la revêche Mrs Bird. Mais l’heure est venue de la résistance féminine. Emmy refuse de s’avouer vaincue. Elle a un plan.

Roman de 384 pages – se le procurer

La chronique de Maggy

Emmy partage un appartement à Londres, au début de la seconde guerre mondiale, avec sa meilleure amie. La nuit, elle travaille pour les pompiers ; le jour, elle se rêve correspondante de guerre. Quand une petite annonce pour un job dans un journal de la capitale attire son regard, elle fonce, se voyant déjà plonger au cœur du conflit. Et la voilà assignée au courrier des lectrices, sous la férule de Mrs Birds, une cheffe acariâtre pour qui les problèmes des femmes doivent se limiter à un choix de chaussures et certainement pas à des problèmes de couple. Emmy, qui désespère d’aider son prochain, ne voit pas les choses du même œil. Après la lecture du pitch, on pourrait penser s’attaquer à un feel good de plus. On imagine déjà le contraste entre l’impétuosité de la jeune héroïne et l’esprit vieux jeu de sa responsable. Et c’est vrai que dans le premier tiers, on sourit pas mal face à des situations cocasses très bien racontées par l’autrice. Et puis, petit à petit, le récit gagne en profondeur quand on passe de l’autre côté du miroir en entrant dans la caserne des pompiers par exemple. C’est assez rare finalement de tomber sur des romans qui se déroulent sous les bombes et dans lequel on n’aborde pas l’aspect militaire ou résistant des choses. Dans ce roman, on voit que les londoniens ont appris à continuer de vivre sous la menace permanente de l’ennemi. Et on s’imagine peu le travail des pompiers en ces temps ravageurs ou que l’on continue à vouloir aller danser le samedi soir. Plus qu’un feel good, Chère Mrs Bird aborde plus largement la situation des femmes au début de cette guerre à travers le courrier que les lectrices envoient au journal d’Emmy. Et de l’autre côté de la lorgnette, il aborde le courage des jeunes femmes qui doivent se construire, fonder une famille, réussir une carrière et qui veulent apporter leur contribution, à leur échelle, pour continuer à mettre des couleurs dans cette nuit qui durera quatre longues années. Ca reste léger, mais plus intéressant qu’il n’y parait de prime abord.« 

Priscilla a lu

Résumé : Le corps d’une jeune femme est retrouvé en Lozère. Au regard des éléments qu’ils détiennent, les enquêteurs de la SR de Nîmes se forgent rapidement un avis : elle a fait l’objet d’une chasse à l’homme… Pour le capitaine Merlot, d’Interpol, les conclusions médico-légales placent cette victime dans une longue série. Les gendarmes nîmois vont alors apprendre à leur grande stupéfaction, qu’Interpol tente depuis vingt-cinq ans de démanteler un réseau de trafic d’êtres humains.   Louis Barthes, notaire à la retraite, est à la recherche de sa soeur jumelle dont il ignorait l’existence. Ses démarches vont a peu à peu le faire remonter jusqu’à une poignée d’orphelins juifs dont la fuite vers l’Espagne s’est arrêtée dans les Pyrénées… Jeune adolescent de 13 ans, surdoué, Bruno passe des vacances dans les Pyrénées quand il tombe dans un dangereux torrent et est emporté par les flots. Il parvient miraculeusement à s’extirper des eaux tumultueuses, et cherchant de l’aide, découvre une communauté vivant hors temps et hors réalité dirigée par une grande prêtresse qui se fait appeler Virinaë.   Trois fils que Céline Denjean tisse ensemble dans un suspens et une tension exceptionnels, et surtout avec sa remarquable maîtrise du récit révélée dans ses précédents romans.

Roman de 656 pages – se le procurer

La chronique de Priscilla

Alors là attention: c’est du lourd !

Je pourrais céder à l’envie de faire une critique uniquement composée de superlatifs pour parler de ce livre que je ne manquerai pas d’idées et que la liste serait longue, très longue… mais je vais tâcher de faire un peu mieux pour vous donner envie de le lire (passer à côté serait votre plus mauvaise idée de l’année).

D’abord il faut parler de la plume de l’auteure: cette dernière est capable d’écrire un bouquin de près de 1000 pages sans te donner la moindre sensation d’étouffement ou de trop plein (mais au contraire de trop peu: j’aurais voulu que ça dure même encore un peu). C’est fluide, hyper bien rythmé et incroyablement « vivant ».

Céline Denjean fait la part belle à la psychologie de l’humain, à ses pires penchants et aussi à ses pires faiblesses.
J’ai été captivée par toute la partie du récit portant sur la nature humaine, à savoir ce que l’homme est par nature mais surtout ce qu’il peut devenir par son conditionnement c’est à dire par le biais de l’influence de ce (et ceux) qui l’entoure: captivant !

Les personnages (même les pires) sont fascinants. Et j’ai apprécié que l’auteure ait réussi à tous les travailler de manière égale, ce qui est loin d’être courant, et à tous les rendre intéressants.

C’est vraiment une lecture coup de cœur, et voilà un nom d’auteure qui va rapidement compter parmi les incontournables du paysage des thrillers français !

Ptitmousse a lu

Résumé : Akhila est employée aux impôts. Éternelle célibataire, cette quadragénaire n’a jamais été libre de mener sa vie comme elle l’entendait : toujours la fille, la sœur, la tante de quelqu’un, celle qui fait vivre la famille. Sur un coup de tête, elle prend un aller simple pour Kanyakumari, une petite ville balnéaire du sud de l’Inde. Dans l’intimité du sleeping – le fameux « compartiment pour dames » – qu’elle partage avec cinq autres compagnes, Akhila ose poser la question qui la hante depuis longtemps : une femme a-t-elle vraiment besoin d’un homme pour être heureuse et épanouie ? Compartiment pour dames est le best-seller qui a révélé Anita Nair. C’est un livre délicieux, chaleureux, qui nous ouvre le cœur de ces femmes indiennes dont nous sommes finalement proches, mais c’est aussi un texte engagé sur le sort qui leur est réservé aujourd’hui encore. Traduit de l’anglais (Inde) par Marielle Morin.

Roman de 338 pages – se le procurer

Chronique de Ptitmousse

Structure de récit qui ressemble finalement à des nouvelles, une pour chaque femme que l’on rencontre, avec la vie d’Akhila en fil rouge. Cela fonctionne, on est embarqué avec chacune. Je n’ai pu m’empêcher de penser à deux livres lus et appréciés aussi : « Ce qui nous sépare » d’Anne Collongues, construit de la même façon mais dans un RER français ainsi que « Les Vierges du paradis » de Barbara Wood, le lien étant ici la découverte de la vie dans un autre pays par le regard des femmes.

C’était très intéressant même si je pense qu’il faudrait lire d’autres livres se déroulant en Inde pour se faire un vrai avis. Jusqu’à quel point est-ce réellement la vie d’indiennes d’aujourd’hui ?

Ranine a lu

Résumé : Fils d’une louve et d’un chien de traîneau, Croc-Blanc grandit dans le Wild, le grand désert blanc. Il y apprend sa dure loi : manger ou être mangé. Sa rencontre avec les hommes, les dieux faiseurs de feu, sera décisive. Il se soumet d’abord à l’autorité de l’Indien Castor-Gris, et devient chien de traîneau. Mais un autre maître, Beauty Smith, sanguinaire et brutal, l’engage dans des combats sans merci et réveille en lui toute la sauvagerie du Wild.Du loup ou du chien, lequel de ses instincts finira par l’emporter ? Croc-Blanc est un chien-loup qui ne connaît que la vie sauvage du Grand Nord. Sa rencontre avec les hommes sera brutale : capturé, il devient chien d’attelage avant qu’un maître cruel n’en fasse une bête de combat. De l’instinct du loup ou de celui du chien, lequel l’emportera ?Un grand roman d’aventure qui célèbre l’esprit de liberté.

Roman de 360 pages – se le procurer

Un roman sur la vie d’un chien-loup ? Et c’est tout ? Je pensais m’ennuyer un brin, mais en fait, pas du tout ! Tout y est : l’aventure, l’amour, la joie, la peine… J’aurais bien continué à suivre Croc-Blanc dans la suite de ses aventures. Passionnant et émouvant !

Sally Rose a lu

Résumé : le de Bréhat, Côtes-d’Armor. Ambroise est un gardien de phare des plus expérimentés. Et un habitant de l’île très apprécié. Mais un jour il doit faire face à un double cas de conscience qui engage toutes ses responsabilités.
Ne rien dire pour protéger ceux qu’il aime ?
Seul face aux colères de la mer et à la cruauté des hommes ?

Roman de 320 pages – se le procurer

Chronique de Sally Rose

Sur la belle île de Bréhat, Ambroise est le gardien du phare. Il a un fils dont la maman est décédée dans les suites de l’accouchement. Des années plus tard, il vit une paix conjugale avec Jane et sa fille Betty. Lorsque cette dernière disparaît puis réapparaît, les lignes ont bougé et une atmosphère oppressante s’installe. Chacun garde ses secrets. Jusqu’à quand ?

L’auteur nous livre un coin de Bretagne aussi beau que sauvage avec de beaux personnages emplis de contradictions.

Un thriller qui se lit avec plaisir

Rosalie l’infâme de Evelyne Trouillot

Chronique de Amélie

Edité en 2003 aux éditions Dapper, et réédité cette année par les éditions Le TEMPS des CERISES, ce très court roman incarne pour moi l’essence du devoir de mémoire que nous devons à tout prix conserver de l’esclavage. Situé à Saint-Domingue au XVIIIème siècle, les colons y tremblent d’être empoisonnés car l’esprit de révolte gronde. Les esclaves se font « marrons » et fuient vers une liberté à conquérir au péril de leur vie. En moins de 150 pages l’autrice parvient à nous offrir tout un pan d’Histoire. De la capture sur les terres africaines, aux cales du navire négrier « La Rosalie », des bossales nés libres, aux créoles nés sur place et qui n’ont connus que l’esclavage, noirs ébène ou métissés, domestiques de maison ou soumis à de laborieux travaux agricoles, elle nous présente un panaché de corps et de coeurs maintes fois meurtris mais pourtant toujours debout. 
Aux côtés de Lisette, nous découvrirons, sans juger, comment chacun se débrouille pour survivre en enfer. Nous marcherons également dans ses pas à la rencontre de son histoire familiale, et notamment de ces aïeules solides qui l’ont précédée. Peu à peu, au fil des mots, une jeune fille devient femme, des secrets émergent, des relations se créent et une personnalité se révèle. Il est l’heure des grands choix. Pour ne jamais oublier « Rosalie l’infâme ».
Il s’agissait de ma troisième incursion dans la littérature haïtienne et, une fois encore, j’en ressors chamboulée et conquise.  



Cette lecture valide :

A propos du livre :

Résumé : Saint-Domingue, 1750 : de nombreux cas d’empoisonnement déclenchent la terreur parmi les propriétaires de plantations. Plane en arrière-plan la figure menaçante de Makandal, le meneur des « marrons », esclaves en fuite pour qui le rêve de liberté est plus fort que tout. La répression se fait de plus en plus forte. Lisette, née en esclavage, découvre à travers les récits de sa grand-mère Charlotte et de sa marraine, Man Augustine, la douleur de la liberté perdue et la mémoire de la traversée à bord du négrier Rosalie. De tante Brigitte à Gracieuse, la « cocotte », chacune des femmes de ce récit dessine un visage de la résistance et du combat face à l’oppression. Peu à peu, Lisette sort d’une certaine forme d’innocence et s’engage au côté de ces figures qui ont choisi la liberté. Au-delà de l’histoire terrible de la colonisation et de l’esclavage, c’est un portrait intime de la vie de ces femmes esclaves des plantations qu’Évelyne Trouillot dévoile ici, avec leurs craintes, leurs souffrances, leurs amours et leurs espoirs.

Roman de 130 pages – se le procurer

Le mot de Sally Rose

Merci beaucoup pour ce partage Amélie. Dans ma LAL ! 😍