Phèdre de Jean Racine

Chronique d’AMR

C’est à la faveur d’un podcast France Culture que je redécouvre Phèdre de Racine, pièce étudiée au collège, à une époque où l’on apprenait par cœur les tirades et monologues les plus significatifs que l’on commentait également en détail, puis relue souvent depuis car j’avoue une sensibilité particulière pour l’alexandrin tragique.
En effet, le partenariat qui lie France Culture et la Comédie-Française a permis d’enregistrer de nombreuses pièces du répertoire du théâtre classique et ainsi de constituer une mémoire radiophonique de notre patrimoine théâtral. 
À l’issue de cette écoute, j’ai repris ma vieille édition des classiques illustrés Hachette et retrouvé avec bonheur les passages connus, jamais vraiment oubliés.
 
Le propos de la tragédie, d’inspiration antique prise chez Euripide, Sénèque, Ovide et Plutarque, en quelques mots…
Seconde femme de Thésée, Phèdre, jeune encore, brule d’une passion secrète et coupable pour son beau-fils Hippolyte, cherche par tous les moyens à l’éloigner d’elle et songe même au suicide. Son beau-fils, qu’elle adule et rejette à la fois, a l’intention de quitter Trézène pour partir à la recherche de son père disparu pendant la guerre de Troie et que tout le monde tient pour mort, fuyant aussi par là son propre amour pour Aricie, princesse déchue et sœur des Pallantides, clan ennemi.
La mort que Phèdre implore pour expurger son crime sera retardée par la nécessité successorale puis par l’annonce du retour inespéré de Thésée. Entretemps, Phèdre a avoué ses sentiments à Hippolyte et ce dernier l’a repoussée avec horreur et dégout. La suivante de Phèdre distille la calomnie et, maudissant son fils qui l’aurait outragé, Thésée appelle sur sa tête la vengeance des dieux, apprenant trop tard son innocence, de la bouche même de Phèdre qui meurt à ses pieds.
C’est au tour de Thésée d’expier ses erreurs, rendant les honneurs funèbres à Hippolyte et adoptant Aricie.
 
J’ai toujours été très touchée par la bouleversante humanité de Phèdre, à la fois victime et coupable, marquée d’une terrible hérédité car « fille de Minos et de Pasiphaé » (mère du Minautore), névrosée, hystérique, jalouse, mais capable aussi de tendresse, ambivalente toujours. Sa passion pour Hippolyte n’a d’incestueuse que le nom car, à Athènes, une veuve pouvait épouser le fils de son mari ; Racine met ici en avant un droit canonique, un inceste contre nature, d’ordre social, qui pousse une femme mûre vers un jeune homme qui pourrait être son fils.
J’ai beaucoup moins d’affinités avec Hippolyte, trop sûr de lui au début de la pièce, puis beaucoup trop naïf par la suite… Il critique les amours de son père tout en se vouant lui-même à une passion que les convenances lui interdisent. Ses qualités de courage, de grandeur d’âme et de sang-froid sont cependant mises en lumière dans sa mort spectaculaire et dramatique.
Thésée est à la fois un héros guerrier, un père et un époux… Au début, il brille par son absence et n’apparaît que dans les ressentis des autres personnages vis-à-vis de lui. Son retour est une sorte de résurrection. Cependant, son personnage manque de discernement tant il se laisse facilement manipuler par Œnone ; il devient pitoyable quand il réalise ses erreurs.
Aricie est charmante et aimable, timide et romanesque… Malgré tout, son personnage gagne peu à peu en profondeur ; elle se rebelle, exige le mariage avant d’accepter de fuir avec Hippolyte, par exemple.
J’avoue toujours un intérêt particulier pour les seconds rôles, les nourrices et les confidentes, ces personnages effacés, toujours dévoués, indulgents, de bon conseil, capables tour à tour de tendresse et de rappel à la dignité, actants de l’ombre, victimes parfois de l’affection qu’ils ou elles portent aux héros qu’ils servent, victimes collatérales toujours et morts sans sépulture souvent. Je n’oublie donc pas Œnone et Théramène.
 
Cette pièce est un approfondissement et un couronnement, une histoire scandaleuse et violente, qui va causer une véritable cabale entre les partisans de Racine et de Corneille et marquer un moment crucial dans la carrière de son auteur. D’abord créée sous le titre Phèdre et Hippolyte, le titre actuel date de 1687.
Dans la préface de Phèdre, Racine exprime la volonté de ne peindre les passions « que pour montrer le désordre dont elles sont causes », présentant son personnage éponyme comme une victime à qui la grâce avait fait défaut. La vertu est mise à l’honneur ; les moindres fautes ou intentions de fautes sont punies… Ainsi, en 1677, Racine se montrait repentant et se réconciliait avec le jansénisme de Port-Royal. La tragédie ne doit pas seulement divertir mais aussi instruire le public.
Sa Phèdre est moins odieuse que dans les œuvres des anciens, plus vertueuse et noble : Racine met, par exemple, la calomnie dans la bouche de la nourrice…
 
J’ai toujours trouvé cette pièce de Racine très accessible avec une exposition sous la forme des deux confessions en parallèle d’amours coupables et le coup de théâtre de la mort de Thésée, puis une montée en puissance d’abord lente avec la confession d’Aricie et l’aveu de Phèdre puis captivante avec le retour inopiné de Thésée, une accélération dramatique avec un affolement généralisé de tous les personnages avant l’inévitable ambiance de jugement du quatrième acte, sous le signe de la fureur et de l’excès. Enfin, le dernier acte est celui des combats, celui jusqu’au-boutiste d’Hyppolite, celui désespéré de Phèdre et celui de Thésée qui, dans l’urgence, ne parvient pas à tout arrêter.
 
Je ne le dirai jamais assez : redécouvrons nos classiques !

Cette lecture valide :

La consigne n°26 du défi Les Déductions élémentaires

A propos du livre :

Résumé : Au tragique psychologique – celui de l’amour – vient se superposer un tragique en quelque sorte moral – celui de la dignité perdue – qui n’apparaît que dans Phèdre. Ici seulement, le personnage se livre à sa passion en la haïssant, continue à combattre contre soi, tout en s’abandonnant à lui-même, pour être vaincu enfin sur les deux plans où se développe cette tragédie singulière : le plan moral et le plan psychologique. Phèdre est un témoin de la liberté. Racine remplit ici la vocation éternelle de la tragédie, qui est d’orchestrer une méditation sur la situation de l’homme. Nouvelle édition en 2015

Pièce de théâtre de 160 pages – se la procurer

Le mot de Sally Rose

Merci beaucoup pour ce partage AMR. Ah ! La tragédie 😎

Antigone de Jean Anouilh

Chronique de C’line


Tragédie en 1 acte, écrite en 1941-42 par Jean Anouilh et jouée en 1944.
Antigone est la fille d’Œdipe et de Jocaste. Après le suicide de Jocaste et l’exil d’Œdipe, leurs fils, Etéocle et Polynice, qui devaient régner à tour de rôle, se sont entretués devant les portes de Thèbes pour le pouvoir. Créon, leur oncle est maintenant le Roi. Il a décrété qu’Etéocle aurait droit à de grandes funérailles, mais que Polynice, qui a déclenché la guerre (lorsqu’Etéocle a refusé de lui rendre le pouvoir), serait laissé sans sépulture et que, toute personne tentant de le recouvrir, sera condamnée à mort. Antigone, toutefois, décide d’aller enterrer son frère, défiant son Oncle et se condamnant ainsi à mort. La pièce présente donc comment elle va défier l’ordre établi et, malgré la volonté de tous à la convaincre d’arrêter son acte héroïquement inutile, elle va résister jusqu’à en mourir.

J’ai lu cette tragédie pour la 1ère fois au lycée et ce livre est devenu mon livre de chevet. Malgré sa place de choix près de mon lit, je ne l’avais pas relu depuis un long moment. Le confinement et le défi de Sally m’ont amené à le relire. Mon plaisir est resté intact. Les dialogues intenses décrivent si bien le profil de chaque personnage que je me suis retrouvée émue comme si je le lisais pour la première fois.




Cette lecture valide :

La lettre J du prénom d’auteur du défi Le Petit Bac

A propos du livre :

Résumé : «L’Antigone de Sophocle, lue et relue et que je connaissais par cœur depuis toujours, a été un choc soudain pour moi pendant la guerre, le jour des petites affiches rouges. Je l’ai réécrite à ma façon, avec la résonance de la tragédie que nous étions alors en train de vivre.» Jean Anouilh. Nouvelle édition en 2016.

Pièce de théâtre de 128 pages – se la procurer

Le mot de Sally Rose

Merci beaucoup pour ce partage Céline. J’ai du mal à lire du théâtre mais ton enthousiasme est convaincant 🤗

JEUX LIT AVEC SALLY : Le Misanthrope de Molière

C’était une des lectures communes du mois de février

Nous étions deux lectrices à partager nos impressions

Alceste est un «mélancolique» qui s’aveugle sur lui-même pour mieux condamner les autres. Placé dans une situation sociale comique, amoureux d’une coquette, il voit défiler tous les types humains qu’il réprouve. Molière a enfermé toute une époque dans un salon mondain, pour critiquer une société ambitieuse, avide et cynique. Il donne parfois raison à Alceste, lui qui refuse de se soumettre au mensonge et à l’artifice, lui qui affirme radicalement : «J’ai tort, ou j’ai raison.» Alceste n’est pas en accord avec son temps : il rejette les compromis, proteste contre la frivolité des salons et la fausseté des rapports humains. Le Misanthrope est ainsi la pièce la plus complexe de Molière, car la plus fidèle aux contradictions de l’homme et de la société. Nouvelle édition en 2013

Pièce de théâtre de 240 pagesSe la procurer

Chronique de Ptitmousse

Je dois commencer par dire que mon avis est forcément influencé par la pièce à laquelle j’ai assisté avant de lire le texte. Le texte est en vers ; cela m’a fait peur d’abord, mais c’est finalement hyper accessible (bien que plus facile ayant vu les jeux d’acteurs). Mais quand même, j’avais lu la première scène avant la représentation et j’avais été agréablement surprise de bien comprendre tout-de-même.

Quelques réflexions, quelques vers sont indubitablement à graver dans le marbre. J’avoue avoir lu et relu et même dit à voix haute plusieurs fois certains vers tant ils sont fluides, élégants, ciselés, poétiques mais en même temps accessibles et compréhensibles ! 80 % du texte pourrait être noté en citation 😉
C’est tellement actuel, cela pourrait être cité et faire mouche en cette année 2019 sans problème. C’est du Molière différent de celui que l’on connait des comédies, mais du grand Molière !

Le premier acte est sans contexte le summum de la pièce. Il faut dire que l’acteur que j’ai vu jouer Alceste était juste génial ! Lors de la représentation théâtrale, les tirades de Célimène et Arsinoé dans l’acte III m’ont paru un peu longues, j’ai un peu décroché. Finalement, j’ai mieux suivi cette partie en version écrite ; ça m’a bien fait sourire : l’art de faire les pires reproches à l’autre mais avec une politesse et des mots exquis ! Parlant de Célimène, c’est un peu le mystère de la pièce. Elle est parfaite en cliché de la veuve qui compte bien profiter et qui se permet de juger à qui mieux-mieux. Mystère car elle est tout ce qu’Alceste déteste, et pourtant… Tellement transi, tellement aisément manipulé par Célimène…

Chronique de Sally Rose


Le titre contient l’essence du propos. Alceste, éprouvé par l’hypocrisie de ce monde, rejette l’art de vivre en société.
Mais il aime la belle Célimène qui pourtant présente tous les défauts qui révulsent cet homme.
J’adore cette pièce de théâtre, que j’ai vue jouée de nombreuses fois dans des mises en scènes et temporalités différentes.
Qu’il est beau et vaillant cet homme qui lutte entre son amour et ses principes !
Sur la forme, même si je n’aime pas lire les pièces de théâtre, j’ai apprécié la beauté des vers et l’ironie de certaines répliques.
Le refus de cet homme à frayer avec ses congénères m’a donné à réfléchir sur notre soumission aux codes de la vie en société, particulièrement revue et corrigée depuis maintenant un an que nous vivons avec le Covid-19.
Un thème universel et intemporel. Merci Jean-Baptiste

Le mot de Sally Rose

Avec cette lecture, je conseille le thé Flèche de Cupidon de Fruit-tea (code PROMO sur la page Les Partenariats)

LC classique mai 2021 : Les Sorcières de Salem d’Arthur Miller

Résumé :  Lorsque Abigail et une dizaine d’autres jeunes filles sont aperçues dansant nues en pleine nuit dans la forêt, quelques puritains de Salem s’empressent de crier à la sorcellerie. Bientôt, un procès plonge cette communauté de Nouvelle-Angleterre dans la colère et la confusion. Ceux qui sont accusés d’être des oeuvres du démon encourent la potence. En 1953, alors que l’Amérique est en proie au maccarthysme et à la  » chasse aux sorcières « , Arthur Miller écrit une pièce incisive sur un célèbre épisode de l’histoire américaine : le procès qui, en 1692, ébranla la petite ville de Salem, gagnée par une crise d’hystérie puritaine, et se solda par la condamnation de nombreuses personnes soupçonnées de pratiques sataniques et par vingt-cinq exécutions. Cette oeuvre illustre de façon magistrale comment peut être franchie – à toute époque – la frontière entre raison et folie, justice et fanatisme.  » Viscéral et vital.  » The Guardian

Pour participer :

Participants :

  • Sally Rose

JEUX LIT AVEC SALLY : La vie de couple

C’était le thème du club de lecture du mois de février

Nous étions 4 à explorer le sujet

Amélie a lu

Résumé : Un an et demi de bonheur… Roy et Celestial sont ce couple typique de la bourgeoisie afro-américaine d’Atlanta : un mari ambitieux, vissé à son ordinateur portable, et une épouse artiste, à l’aube d’une belle carrière. Il a suffi d’une méprise, d’une tragique méprise, pour que le rêve se brise en morceaux. Du mauvais endroit au mauvais moment. De la mauvaise couleur de peau. Injustement accusé de viol, Roy se voit condamné à douze ans de prison. Comment survivre à une vie volée ? Comment nourrir un amour que les murs, l’amertume et le temps corrompent à petit feu ? Et comment croire encore – pour le meilleur ou pour le pire – au rêve américain ? Lauréat du Women’s Prize for Fiction 2019

Roman de 405 pages – se le procurer

La Chronique d’Amélie

Le mariage est une promesse. «Jusqu’à ce que la mort nous sépare», ils se le sont jurés. Roy et Celestial, jeune couple fraîchement marié, se voient néanmoins séparés par un cataclysme tout aussi inattendu. Accusé à tort de viol, Roy est incarcéré pour de longues années.

Roy, l’ambitieux, à qui la réussite souriait, devient un noir de plus derrière les barreaux. Toute la famille fait bloc derrière lui pour le tirer de là. Pourtant le temps passe, les mariés ont désormais passé davantage de temps séparés qu’ensemble, les lettres se raréfient. Pour Roy à la liberté entravée, les jours s’écoulent avec brutalité dans la mélancolie du bonheur perdu. Dehors, sa femme avance. Alors que sa famille l’y ramène sans cesse, elle refuse de se laisser, elle aussi, emprisonner dans l’étendard trop lourd de la femme d’un martyr. Elle ne l’oublie pas, mais elle reste Celestial, une femme désespérément vivante.

Son ami de toujours, Andre, lui apparait d’un autre oeil, elle laisse libre cours à ses sentiments. Aurait-ce été le cas si Roy avait été là ? Quoi qu’il en soit ce qui n’aurait concerné que leur couple devient une question orageuse dans leur famille. Leurs parents n’ont pourtant pas eu une vie sentimentale toute lisse, mais en se détournant de son amour pour son mari, c’est comme si Celestial tournait le dos à toute une communauté.

J’ai été d’emblée conquise par l’écriture. Tayari Jones a créé une galerie de portraits complexes, des personnages criants d’imperfections et de vérité au phrasé singulier. Elle leur donne magnifiquement corps et voix dans des chapitres qui alternent introspection et échanges épistolaires. Elle décale le débat politique pour revenir aux individus, prenant soin d’alterner des points de vues étoffés dans lesquels s’affrontent la part d’égoïsme nécessaire pour mener une vie qui vous correspond et les responsabilités et sensibilités qui vous enjoignent à tenir compte d’autrui. Un mariage de sentiments totalement crédible et réussi mais, malgré tout, entaché par un scénario assez convenu. J’ai eu le sentiment qu’après être montée en puissance dans une partie de l’histoire qui n’était pas la plus facile à aborder l’autrice finissait part tourner en rond dans ce qui aurait pu être le point culminant avant de se faciliter la sortie.»


Maggy a lu

Résumé : Françoise Xenakis est irrévérencieuse une seconde nature chez elle. Marie Claire Une réflexion désopilante sur le couple. Figaro Magazine Un livre gai, grinçant, culotté. Marie-France Une réussite. Biba Le parler vrai de Xenakis n’endort pas le client. VSD On est attendri, amusé… une plume grinçante nous fait passer un bon moment. Magazine Littéraire

Roman de 247 pages. Se le procurer

La Chronique de Maggy

Comme elle l’avait promis en présentant un ouvrage précédent consacré aux épouses bien souvent invisibles de grands hommes, Françoise Xenakis revient avec un bouquin consacré aux maris de l’ombre.
Bonne idée sauf que, tout d’abord, elle n’a pas pu trouver de femmes célèbres qui étaient parvenues à garder leurs maris. Ensuite, allez savoir si c’est à cause du « pouvoir » que confère la célébrité, mais les femmes mises en avant ici sont assez imbuvables (et on comprend que leur mari se soit fait la malle). Et pour couronner le tout, désespérant de trouver des femmes célèbres mariées (et dont le mari ne serait pas également sur le devant de la scène), l’autrice s’est rabattue sur… Marie (oui, Marie de Nazareth, la « vierge », vous avez bien compris).

On commence donc avec Morris Meyerson, le mari de Golda Meyr à travers de pseudo lettres que s’envoyaient les époux. Alors que lui voulait continuer de vivre aux USA, sa dame vendra tous leurs meubles pendant qu’il est au travail pour acheter des tickets de bateau afin d’investir un Kibboutz dans un Israël pas encore né… Ces deux-là s’aimaient, mais ne vivaient vraisemblablement pas sur la même planète et ne regardaient certainement pas dans la même direction. Au bout d’un moment, Monsieur a refait sa valise…

On poursuit avec Colette qui nous raconte ses amours désabusées et qui, comme tout le monde le sait, mariée (pour la deuxième fois), a compté les épis de blés avec son beau-fils adolescent pour finir par épouser un homme plus jeune qu’elle de 16 ans pour terminer ses vieux jours.

Arrive Marie, mariée à un Joseph octogénaire, bougon, inféodé à ses enfants d’une précédente union et pas du tout père du petit Jésus, au propre comme au figuré. Marie passe son temps à pleurer et à balayer.

Enfin, on terminera avec des pseudo lettre écrites par Denis Thatcher a sa dame de fer de femme, avec qui il ne partage pas grand chose, qui s’ennuie ferme lors des déplacements officiels et qui abhorre la politique… Lui ne partira pas, on se demande pourquoi.

Je suppose qu’avec la répétition du « tiens-toi droite, tout le monde te regarde », l’autrice a tenté un ressort comique à l’image du langage parfois anachronique, du ton volontairement impertinent…

Mais, j’espère pour elle qu’elle a pris plus de plaisir à écrire son bouquin que moi à le lire.


Ranine a lu

Résumé : Pour sonder la sincérité de Dorante, qu’on lui destine sans qu’elle l’ait jamais rencontré, Silvia échange son habit avec sa servante Lisette. Mais la belle ignore que son prétendant a recours au même stratagème avec son valet. Ainsi travestis, les deux couples commencent à se parler d’amour, dans un chassé-croisé qui réjouit les serviteurs et met les maîtres à la torture. Les personnages parviendront-ils à se libérer de ce jeu de dupes dont ils avaient si peu mesuré les conséquences ? L’amour peut-il triompher des préjugés sociaux ? Intemporels, ces questionnements expliquent sans doute le succès jamais démenti de l’oeuvre depuis sa création en 1730. L’édition : • microlectures • sujets de devoirs • groupements de textes : – le discours amoureux – théâtre et travestissement – la question du bonheur dans la pensée des Lumières – du texte à la représentation • culture artistique : – cahier photos : les mises en scène de la pièce – un livre, un film : L’Esquive d’Abdellatif Kechiche (2004).

Pièce de théâtre de 160 pages – Se la procurer

Chronique de Ranine

J’ai dû voir cette pièce très jeune et ma mémoire étant faible, je n’en avais que peu de souvenirs. C’est très plaisant, mais j’aurai bien aimé plus de profondeur pour les personnages. On entre tout de suite dans le vif du sujet, la progression est rapide, je n’ai pas eu trop le temps de m’attacher.

Sally Rose a lu

Résumé : Échographie d’un père Elle et lui se sont rencontrés sur la côte basque, où ils ont l’habitude de passer leurs vacances. Là, sur fond de plages sauvages, de balades en scooter et de troquets naît bien plus qu’une romance estivale. Mais sur cette histoire idyllique, la vie va bientôt reprendre ses droits en confrontant le couple à la douleur d’une fausse couche. Alternant les souvenirs heureux et les épreuves du présent, cet émouvant roman nous confronte aux aléas de l’existence. Avec dérision et facétie, Harold Cobert s’interroge sur le destin, qu’il conjure à coups de superstitions et de croyances. D’inspiration autobiographique, Dieu surfe au Pays basque aborde le thème délicat de la perte de l’enfant à naître, du point de vue du père. Un récit tout à la fois tendre et enjoué, saisissant et grave. Prix du style 2010 et Jeune talent Cultura pour L’Entrevue de Saint-Cloud

Roman de 158 pages – se le procurer

Chronique de Sally Rose

Ils s’aiment.
D’un amour fou, tendre et généreux.
Ils veulent avoir un enfant.
Tout ne se passe pas comme dans un conte de fées.
Le narrateur nous emmène dans le tourbillon de leur amour naissant, leur rencontre foudroyante. Il nous fait vivre aussi les inquiétudes liées à une grossesse qui ne se passe pas bien.
Un magnifique roman sur le couple, sa résistance aux aléas de la vie sur ce que veut dire être deux lorsque la destinée vous fait une mauvaise surprise.
J’ai été touchée par ce récit d’un amour si fort sans être destructeur, bien au contraire.
C’est tendre, drôle, magique et malgré tout l’histoire se finit bien.
Comme dans les contes de fées. Comme dans la vie aussi, parfois. Souvent finalement

Avec ces lectures, je conseille le thé Flèche de Cupidon de Fruit-tea (code PROMO sur la page Les Partenariats)

Le misanthrope de Molière

Chronique de Ptitmousse

Je dois commencer par dire que mon avis est forcément influencé par la pièce à laquelle j’ai assisté avant de lire le texte. Le texte est en vers ; cela m’a fait peur d’abord, mais c’est finalement hyper accessible (bien que plus facile ayant vu les jeux d’acteurs). Mais quand même, j’avais lu la première scène avant la représentation et j’avais été agréablement surprise de bien comprendre tout-de-même.

Quelques réflexions, quelques vers sont indubitablement à graver dans le marbre. J’avoue avoir lu et relu et même dit à voix haute plusieurs fois certains vers tant ils sont fluides, élégants, ciselés, poétiques mais en même temps accessibles et compréhensibles ! 80 % du texte pourrait être noté en citation 😉
C’est tellement actuel, cela pourrait être cité et faire mouche en cette année 2019 sans problème. C’est du Molière différent de celui que l’on connait des comédies, mais du grand Molière !

Le premier acte est sans contexte le summum de la pièce. Il faut dire que l’acteur que j’ai vu jouer Alceste était juste génial ! Lors de la représentation théâtrale, les tirades de Célimène et Arsinoé dans l’acte III m’ont paru un peu longues, j’ai un peu décroché. Finalement, j’ai mieux suivi cette partie en version écrite ; ça m’a bien fait sourire : l’art de faire les pires reproches à l’autre mais avec une politesse et des mots exquis ! Parlant de Célimène, c’est un peu le mystère de la pièce. Elle est parfaite en cliché de la veuve qui compte bien profiter et qui se permet de juger à qui mieux-mieux. Mystère car elle est tout ce qu’Alceste déteste, et pourtant… Tellement transi, tellement aisément manipulé par Célimène…

Cette lecture valide :

La lettre M du défi Abécédaire

A propos du livre :

Résumé : Alceste est un «mélancolique» qui s’aveugle sur lui-même pour mieux condamner les autres. Placé dans une situation sociale comique, amoureux d’une coquette, il voit défiler tous les types humains qu’il réprouve. Molière a enfermé toute une époque dans un salon mondain, pour critiquer une société ambitieuse, avide et cynique. Il donne parfois raison à Alceste, lui qui refuse de se soumettre au mensonge et à l’artifice, lui qui affirme radicalement : «J’ai tort, ou j’ai raison.» Alceste n’est pas en accord avec son temps : il rejette les compromis, proteste contre la frivolité des salons et la fausseté des rapports humains. Le Misanthrope est ainsi la pièce la plus complexe de Molière, car la plus fidèle aux contradictions de l’homme et de la société. 

Pièce de théâtre de 240 pages – se la procurer

Le mot de Sally Rose

Merci beaucoup pour ce partage Ptitmousse. Pièce que j’ai vue jouée par Lambert Wilson, un très bon Alceste 😍

Diagnostic Réservé de Jean-Pierre Martinez

Chronique de AMR

Je découvre Jean-Pierre Martinez, un dramaturge contemporain très prolifique, parce que l’un de mes fils est en train de répéter l’une de ses pièces, Diagnostic réservé, avec sa troupe de théâtre amateurs.

Voilà une comédie qui s’annonce très divertissante, pleine de rebondissements et de chassés croisés dans le huis-clos désopilant d’une chambre d’hôpital. En effet, se rencontrent ou se retrouvent, au chevet d’un mourant, le médecin et son infirmière, son frère et sa sœur qui ne l’ont pas vu depuis longtemps, sa complice dans le braquage à l’issue duquel il a eu son accident et le policier chargé de l’enquête…

Le comique tourne à la fois autour des situations, des motivations des personnages et d’un jeu subtil avec le langage : tandis que le corps médical évoque la possibilité de débrancher le comateux et d’envisager le don de ses d’organes, la complice cherche à savoir où le malheureux grabataire a caché le butin et le policier fait son travail d’investigation. Quant à la fratrie, elle se demande un peu ce qu’elle fait là…

Six personnages donc que l’auteur a prévu de sexe interchangeable selon la composition des troupes qui auront l’occasion de jouer son texte : le blessé au pronostic vital engagé est un simple mannequin puisqu’il n’a pas de texte à dire… Cette posture modulable me plait assez car elle va donner un côté très vivant et toujours renouvelé à la pièce.

Une lecture plaisante qui égratigne des sujets sérieux autour de l’acharnement thérapeutique, de l’euthanasie ou encore des rapports familiaux…

Une polyphonie autour du consensus et du secret quand les gens ne sont pas tout à fait ce qu’on croyait qu’ils étaient…

Des clichés revisités… Je pense notamment aux relations du médecin et de l’infirmière, à la fausse douleur de l’épouse, à la fatigue du policier…

Une comédie rythmée du début jusqu’au rebondissement final.

Et surtout un texte travaillé, plein de jeux de mots et d’allusions drôles.
 
J’ai hâte de voir la pièce… Une soirée très divertissante en perspective !

Cette lecture valide :

La consigne n°25 du Défi Les Déductions élémentaires

A propos du livre :

  • Résumé :

Patrick est dans un coma profond suite à un accident de Velib. Ses proches depuis longtemps perdus de vue sont appelés à son chevet pour décider de son sort afin d’éviter tout acharnement thérapeutique.Mais cette décision collégiale est d’autant plus difficile à prendre que le patient s’avère ne pas être exactement celui qu’on croyait et qu’il est détenteur d’un secret qui pourrait rapporter gros…

Pièce de 54 pages – se la procurer

Le mot de Sally Rose

Merci beaucoup pour ce partage AMR. Un auteur à suivre

Rodogune de Pierre Corneille

Chronique de AMR

Cela fait trop longtemps que je n’ai pas exhumé d’anciennes notes de lecture ou d’études… Aujourd’hui, je ressors de ma bibliothèque Rodogune de Corneille, une tragédie très sombre autour de la famille et des enjeux de pouvoir.
 
Corneille s’est inspiré d’une situation historique antique complexe, sur fond de conflit entre les Syriens et les Parthes, soit trois guerres consécutives auxquelles un accord matrimonial entre le fils aîné de Cléopâtre et une princesse ennemie devrait enfin mettre fin.

Dit ainsi, tout paraît assez clair, mais les tensions décrites dans la pièce sont le fruit d’événements passés qu’il faut expliquer aux spectateurs avant de les mettre face à l’action proprement dite. C’est donc Laonice, la confidente de Cléopâtre, qui nous les expose en les racontant à son frère Timagène dès la première scène, puis un peu plus tard, dans la scène quatre.

La situation n’est pas facile à résumer… Je vais essayer de faire simple : lors de la première défaite des Syriens devant les Parthes, le roi Nicanor, époux de Cléopâtre, a été fait prisonnier, mais une fausse rumeur a fait croire à sa mort. Cléopâtre a alors épousé le frère de son mari, Antiochus, qui a usurpé le trône refusant de céder la couronne à l’un des princes légitimes. Les choses se sont encore plus compliquées après la mort d’Antiochus : la reine a appris que non seulement son premier époux n’était pas mort mais qu’il allait épouser la princesse parthe Rodogune, mariage grâce auquel il aurait gagné sa liberté ; de plus, il comptait mettre sur le trône de Syrie sa nouvelle épouse. Cléopâtre a donc tendu à Nicanor et à Rodogune une embuscade au cours de laquelle Nicanor a enfin trouvé la mort tandis que la princesse Rodogune était faite captive.

Ceci étant posé, l’intrigue de la pièce proprement dite peut commencer.
 
Le personnage éponyme, Rodogune, est donc le gage de la paix tant attendue.

Reste à savoir qui elle va devoir épouser… En effet, Corneille transpose dans la Syrie antique la loi salique française qui attribue la couronne au fils premier né ; seule Cléopâtre est en mesure de dire lequel des jumeaux qu’elle a eus avec Nicanor, Séleucus ou Antiochus, est l’aîné (attention aux prénoms qui se répètent…).

Cléopâtre est un personnage de mère et de reine passionnée, assoiffée de vengeance, manipulatrice, dominatrice, orgueilleuse et profondément éprise du pouvoir. Elle n’a aucun sens moral et n’aime qu’elle-même. Tout chez elle est extrême et exagéré ; son côté extraordinaire et monstrueux fait sa grandeur tragique ; ses crimes provoquent l’horreur tandis que ses victimes suscitent la compassion.

Elle voue à Rodogune une haine profonde car elle n’oublie pas l’affront subi lorsque la princesse parthe a failli la supplanter sur le trône. Il ne faut jamais perdre de vue que dans la tragédie, la vengeance est souvent considérée comme une passion noble.

Cléopâtre pourrait régner elle-même, mais elle est consciente qu’elle aura plus de pouvoir en régnant à travers une figure masculine qu’elle pourra manipuler à sa guise ; du vivant de son mari, elle considérait ses fils comme une menace et les avait tenus éloignés de sa cour et aujourd’hui, elle prolonge sa régence en tardant à désigner l’aîné.

C’est elle qui va mettre en œuvre le fameux « choix cornélien » en imposant un cruel dilemme à ses fils : sera reconnu comme aîné celui qui acceptera d’assassiner Rodogune… Mais les deux jumeaux sont amoureux de Rodogune, tandis que la princesse est secrètement éprise de l’un des deux, et sont également horrifiés devant la cruauté de leur mère. Séleucus persuade alors Antiochus de s’en remettre au choix de Rodogune : c’est elle qui désignera le roi. Mais nouvelle situation inacceptable, Rodogune déclare qu’elle n’épousera que celui qui tuera Cléopâtre…

La suite verra le renforcement des sentiments fraternels des jumeaux et une montée en puissance du désir de vengeance de leur mère tandis que Rodogune sera partagée entre amour et sens du devoir. Nous sommes plongés dans l’intimité familiale avec tout ce qu’elle peut regorger de violence. La machinerie dramatique est très efficace avec un enchaînement exponentiel de péripéties ; le retournement final est particulièrement spectaculaire.
 
Dans Rodogune, Corneille s’interroge sur la place des valeurs héroïques dans l’ordre politique. La violence politique conduit Cléopâtre à des actes contre-nature. Le héros, Antiochus, est persécuté et, lorsqu’il accède au trône, il est dans l’incapacité de montrer sa valeur. Avant de mourir, sa mère lui rappelle qu’il doit sa couronne aux crimes qu’elle a commis et lui souhaite un héritier criminel comme elle, dans un atavisme qui ne saurait mentir.

Corneille a lui-même avoué que Rodogune est sa pièce préférée. À partir de données historiques vraisemblables, il y a ajouté « des incidents surprenants qui sont purement de [son] invention et qui n’avaient jamais été vus au théâtre ». La pièce a été jouée en 1644-45 et imprimée seulement en 1647. Elle aurait pu logiquement être intitulée Cléopâtre car Rodogune n’est que l’un des ressorts de la machination ourdie par la reine en tant qu’objet de sa haine ; la reine ne se contente pas de souffrir, elle agit et c’est sur elle que repose toute la tragédie. Cléopâtre est un personnage fascinant qui éclipse tous les autres par l’énergie mise en œuvre pour arriver à ses fins et la maîtrise qu’elle exerce sur elle-même, quitte à en mourir.
 
Un réel plaisir de relecture au rythme de l’alexandrin !

Cette lecture valide :

La consigne n° 22 du défi Les déductions élémentaires

A propos du livre :

  • Résumé :

Noir, c’est noir. De toutes les tragédies de Corneille, Rodogune est l’une des plus sombres, celle où les tensions atteignent une violence d’autant plus saisissante qu’elles se font jour à travers une intrigue lourde de toutes les complications, lesquelles se dénouent dans un final que Stendhal comparait à ceux des drames shakespeariens.Tragédie dynastique du pouvoir, la pièce est aussi une tragédie familiale de l’amour et de la haine. Des êtres se déchirent ; une coupe empoisonnée, comme chez Hitchcock, attend les héros. Le personnage de Cléopâtre fait briller un héroïsme du mal qui éclaire l’univers cornélien d’une étonnante lumière noire. Tragédie dynastique du pouvoir, Rodogune est aussi une tragédie familiale de l’amour et de la haine. L’une des plus sombres œuvres de Pierre Corneille.

Pièce de 224 pages – se la procurer

Le mot de Sally Rose

Merci beaucoup pour ce partage Aline. Je sais désormais de quel texte vient l’expression « le choix Cornélien » 🤗